Les premières espèces de scinques furent décrites par Linné, qui créa la nomenclature zoologique moderne et dont la 10ème édition de son Systema naturae (1758) constitue le point zéro des descriptions scientifiques valides. Linné décrivit 7 scincidés entre 1758 et 1766 :
-
Acontias meleagris, un scinque sans pattes d’Afrique qu’il nomma
Anguis meleagris (le genre
Anguis regroupant alors tous les lézards apodes ou à pattes très réduites) et qui intégra le genre
Acontias avec Duméril et Bibron en 1839.
-
Chalcides chalcides : un des rares scincidés européens, que l’on trouve notamment en Italie et en Afrique du nord, que Linnée nomma
Lacerta chalcides. Le genre
Lacerta regroupait alors presque tous les lézards « à pattes », mais aussi des amphibiens comme la Salamandre tachetée (
Salamandra salamandra), en effet, Linné ne faisait pas le distinguo entre reptiles et amphibiens.
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Lygosoma quadrupes : un scincidé du sud-est asiatique avec de très courtes pattes que Linné classa dans le genre
Anguis (
Anguis quadrupes). Il passa par de nombreux autres taxons et sera intégré dans le genre
Lygosoma en 1930.
-
Plestiodon fasciatus : une espèce d’Amérique du nord et longtemps nommée
Eumeces fasciatus, fut nommée par le suédois
Lacerta fasciata.
-
Scelotes bipes, nommé en 1766
Anguis bipes, se caractérise par l’absence de pattes antérieures et des pattes postérieures très réduites, munies de seulement deux doigts. On le rencontre en Afrique du sud.
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Scincus scincus, considéré comme le type même du scinque, est originaire du Sahara et des déserts du Moyen-Orient. Linné le nomma
Lacerta scincus, dix ans plus tard, Laurenti le nommera
Scincus officinalis, un nom qui restera longtemps mais qui n’est plus valide aujourd’hui.
- Enfin,
Trachylepis aurata, scincidé du Moyen-Orient et de Grèce, nommé
Lacerta aurata en 1758 et qui intègrera le genre
Mabuya en 1900, y restant plus d’un siècle.
Néanmoins, à l’époque de Linné, la famille des scincidés n’existait pas. Pour le suédois, trois rangs seulement existaient : la classe (celle des amphibia pour les reptiles et amphibiens), le genre et l’espèce.
Plus tard, d’autres grands herpétologues décrivirent des scinques, les classant cette-fois dans la famille des scincidés. Impossible d’en faire l‘inventaire, citons les principaux herpétologues comme Duméril & Bibron puis Duméril & Duméril qui dans leur colossale « erpétologie générale » ont décrit 32 espèces en 1839 et 1851. John Edward Gray se montra plus productif entre 1825 et 1864 avec 58 taxa. Son successeur, Boulenger, en décrivit 99 à la fin du XIXème siècle.
Certaines espèces de Scincidés ont une histoire taxinomique particulièrement rocambolesque : ils ont changé de nom tout au long de leur carrière taxinomique comme David Bowie a changé de style tout au long de la sienne.
Lepidothyris fernandi est un très beau scinque noir et rouge, avec un peu de bleu aussi. Sa liste de synonymes est assez impressionnante : Burton, en 1836, le nomma d’abord
Tiliqua fernandi, le genre
Tiliqua regroupant alors beaucoup d’espèces de scinques mais est aujourd’hui cantonnée aux scinques à langue bleue d’Australie et de Nouvelle-Guinée. Müller, en 1885, le nomme
Tiliqua nigriceps, mais ce nom restera inconnu (il sera mis au jour comme synonyme en 1979). L’herpétologue Georges Boulenger le nommera
Lygosoma fernandi, un nom qui restera longtemps. Edward Drinker Cope, plus connu comme paléontologue, le nomma déjà
Lepidothyris fernandi en 1892, mais ce nom ne restera pas non plus, l’espèce étant maintenue dans le genre
Lygosoma. Puis, il intégra le genre
Riopa en 1936 et
Mochlus en 1952 pour finalement être replacé dans le genre
Lygosoma. Mais en 2009, Wagner
et al. ont publié une vaste révision de cette espèce – qui s’est avérée être constituée de plusieurs espèces - montrant qu’il s’agissait bien d’une lignée à part des
Lygosoma et autres
Riopa, justifiant un genre à lui tout seul et reprenant le genre
Lepidothyris de Cope.
Il en va de même pour Tiliqua rugosa, décrit par J. E. Gray en 1825 sous
Trachydosaurus rugosus. Wagler, en 1830, dans une classification des « amphibiens » (c’était encore le nom de la classe regroupant reptiles et amphibiens) propose d’abord
Scincus perronii, mais ce nom est invalidé (nomen nudum). Trois ans plus tard il écrit
Trachysaurus rugosus, une erreur sur le nom du genre qui lui vaut aussi d’être évincé. En 1834, chez Smith, on voit apparaître
Brachydactylus typicus, que l’auteur considère comme étant une nouvelle espèce, mais en réalité c’est un synonyme de
T. rugosus déjà décrit par Gray cinq ans plus tôt. Duméril & Bibron, en 1839, reprennent le
Trachysaurus de Wagler qui était leur collègue au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, écartant le
Trachydosaurus de Gray (querelle franco-anglaise ?). Mais en 1845, Gray décrit
Trachydosaurus asper, qui deviendra une sous-espèce de
T. rugosus. Durant tout le XXème siècle, le nom de rigueur restera
Trachydosaurus rugosus. C’est Glenn M. Shea, à partir de 1990, qui proposera de placer cette espèce au sein du genre
Tiliqua, avec les autres scinques à langue bleue, décrivant aussi une nouvelle espèce en 2000.
Il y a quelques années encore on comptait de vastes genres regroupant de nombreuses espèces à répartition très dispersée. L’exemple type est le genre
Mabuya : on trouvait des espèces en Amérique, en Afrique, en Europe et en Asie… Presque partout sauf en Australie ! Mais ce type de genre « fourre-tout » sont souvent louches et il y a de fortes chances qu’ils contiennent plusieurs lignées évolutives, que tous ne descendant pas du même ancêtre commun. Insupportable pour la classification moderne. Le genre
Mabuya fut révisé plusieurs fois. Aujourd’hui, il est éclaté en plusieurs genres : le genre
Mabuya est resté, il comprend 8 espèces antillaises dont
M. mabouya que l’on trouve en Martinique, à ne pas confondre avec le gecko
Hemidactylus mabouia… le nom « mabouia » étant un nom très souvent donné aux lézards par les antillais.
M. cochonae est originaire de l’île à cochons dans l’archipel de Guadeloupe, il a été décrit par Hedge & Conn en 2012 et était auparavant lié à
M. mabouya, de même que
M. desiradae originaire de la Désirade,
M. grandisterrae de Grande-Terre ou
M. guadeloupae de Petite-Terre. Les autres
Mabuya des Antilles ont été dispersés dans les genres
Marisora,
Copeoglosum,
Spondylurus et
Alinea par Hedge & Conn mais cette classification est elle aussi sujette à débat. De même pour l’espèce sud-américaine,
Varzea atlamazonica que Pinto-Sanchez reclassent dans le genre
Mabuya… Vite, une aspirine ! Les espèces d’Amérique du sud furent classées dans le genre
Brasiliscincus, on y compte 3 espèces. Les
Mabuya asiatiques ont été reclassés dans le genre
Eutropis avec 31 espèces. Les espèces reclassées dans le genre
Chioninia sont restreintes à l’archipel du Cap Vert, on y trouve notamment l’espèce éteinte
Chioninia coctei, longtemps connue sous
Macroscincus coctei. Les espèces africaines et du paléarctique occidental sont représentées par le genre
Trachylepis et ses 80 espèces dont la classification pourrait être revue. Un cas particulier et étrange est à noter au sein de ce genre, celui de
Trachylepis atlantica, endémique de l’archipel de Fernando de Noronha au large… du Brésil ! Mais qu’est-ce qu’il fait là lui ? Cette classification date de 2009 et se base sur des analyses génétiques rapprochant ce «
Mabuya » de ses congénères africains.
T. atlantica serait arrivé là par la mer, en traversant l’Atlantique, depuis l’Afrique, sur des « radeaux naturels », des arbres et autres morceaux de végétations arrachés à la côte par les tempêtes et qui ont dérivé sur les courants océaniques. Aussi étonnant soit ce mode de dispersion il est assez courant. Deux autres cas laissent les chercheurs perplexes car ils sont absents dans les pays où ils auraient été récoltés : Il s’agit de
Trachylepis tschudii et
Trachylepis maculata, l’un venant du Pérou l’autre de Guyane. Mais, on ne connait que des spécimens préservés et récoltés il y a longtemps. Le spécimen type de
T. tschudii est conservé au muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, étant en mauvais état, les chercheurs pensent que ce n’est autre qu’un spécimen de
T. atlantica mais mal étiqueté. Pour
T. maculata, il pourrait s’agir d’une introduction involontaire humaine de spécimens africains qui auraient disparus depuis ou bien, il s’agirait d’un spécimen capturé en Afrique mais étiqueté comme provenant de Guyane (Miralles et al. 2009).
Plusieurs mots apparaissent de manière récurrente dans les taxa de scincidés. Le mot scincus notamment est souvent rencontré. On dénombre 175 espèces où ce nom est présent : Le genre
Scincus bien sûr (3 espèces) mais aussi les genres
Madascascincus, Niveoscincus, Caledoniscincus, Eremiascincus, Lamkascincus, Vietnamoscincus… Le mot
Scincus est une latinisation du mot grec « skinkos » qui signifie « une sorte de lézard » selon Lescure & Le Garff dans leur « étymologie des noms d’amphibiens et de reptiles » (2006).
Ablepharus est également un mot souvent utilisé, avec le genre
Ablepharus lui-même mais aussi
Afroablepharus, Proablepharus, Cryptoblepharus… le nom « Ablepharus » vient du grec,
blepharus signifiant paupières et le « a », privatif signifiant donc « sans paupières ». En effet, les scinques du genre
Ablepharus n’ont pas de paupières mobiles un peu comme chez certains geckos ou chez les serpents. L’absence de paupières mobiles se retrouve chez plusieurs genres de scincidés mais le mot « ablepharus » ne les caractérise pas forcément, ainsi les espèces sud genre
Panaspis ne possèdent pas non plus de paupières mobiles.
Certains taxa peuvent prêter à confusion comme Lacertoides qui nous fait penser au genre
Lacerta et nous ferait croire que c’est un lacertidé, or c’est bien un scincidé :
Lacertoides pardalis. Ce lézard décrit en 1997 est originaire de Nouvelle-Calédonie, où il n’y a d’ailleurs pas de lacertidés.
Les geckos du genre Teratoscincus peuvent aussi être pris pour des scinques en raison de l’utilisation du mot scincus, néanmoins, ils n’ont rien à voir avec les scinques puisque ce sont des geckos.
De même, on confond souvent les scinques avec d’autres familles et même sur des sites d’animalerie en ligne, des espèces du genre
Gerrhosaurus, Platysaurus, des tégus ou même des lacertidés sont mis dans la catégorie « scinques ».
Quant aux noms communs, en français on utilise le mot scinques, mais apparait aussi le nom Seps pour les espèces du genre
Chalcides comme le Seps strié que l’on trouve dans le sud de la France. Les anglophones comme les germanophones nomment ces lézards « skink », un mot qui, quand on fait une recherche sur internet nous renvoie au monde des Warhammer et autres fans d’Heroic Fantasy, où les « skinks » sont des hommes lézards.
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Ressources en ligne :
www.wikipedia.org
http://reptile-database.reptarium.cz/
Grzimek’s animal life. « Evolution of limblessness » (2010).
Naish D. : Skinks, skinks, skinks !
Tiliqua - Le monde des lézards ISSN 2118-5492. Mai 2016.