La famille des scincidés.

Vincent NOËL – http://tiliqua.wifeo.com

Les grandes familles comme les scincidés ou les colubridés avec plus de 1 000 espèces ont toujours posé de gros soucis aux systématiciens, ces scientifiques qui s'occupent de classer le vivant. La famille des scincidae a été crée en 1811 par Oppel, même si d'autres attribuent sa paterrnité à Gray (1825). Elle est longtemps restée la seconde plus grande famille de reptiles après les colubridés et les biologistes pensaient qu'elle était monophylétique, c'est à dire que tous les scincidés provenaient du même ancêtre commun, assurant ainsi la validité de cette immense famille. Sa division en sous-famille fit débat et personne ne trouvait de classification vrailment satisfaisante, celle de Greer (1970) restant la plus complète bien que de nombreuses incohérences apparurent avec le temps. Des études récentes comme celle de Pyron & al. (2013) sur la phylogénie des serpents et lézards (lien) ont permis de mieux comprendre les liens de parenté entre les scincomorphes (groupe monophylétique qui inclue les scinques ainsi que les xantusiidés, gerrhosauridés et cordylidés). Les travaux de Hedges & al. (lien) semblent montrer que certains groupes de scinques sont à considérer comme des familles à part entière (les Mabuyidés notamment). Ainsi, ils scindent la famille des scincidés en 7 familles distinctes : Scincidae, Acontidae, Mabuyidae, Egerniidae, Eugongylidae, Lygosomidae, and Sphenomorphidae à inclure dans la super-famille des lygozomidea. Les travaux se poursuivent, il est trop tôt pour tirer des conlusions définitives, mais la révolution phylogénétique touche maintenant les scincidés de plein fouet! Dans cet article, nous allons nénamoins  rester dans l'évocation des scincidés sensu lato, au sens large, mais il est évident que vues ces modifications, et si elles sont confirmées, pérennisées et affinés dans les années à venir, il faudra pour englober tosu les scinques parler des scincomorphes ou des scincoïdes (scincoidea) et distinguer les différentes familles.

On dénombre environ 1 500 espèces de scinques réparties dans le monde entier à l’exception des zones polaires ou certaines régions tempérées comme en Europe non méditerranéenne. Ces lézards ont colonisé les milieux les plus divers, depuis les forêts d’Amérique du nord aux dunes de sable du Sahara, en passant par les forêts tropicales ou le minuscule atoll de Clipperton dans le Pacifique nord. Pourtant, ce ne sont pas parmi les lézards les plus connus tant du grand public que même des herpétophiles. Mais j’ai un sérieux faible pour eux, pour tout vous dire ce sont mes préférés…

Pourquoi donc s’intéresser à des animaux que personne ne connaît ? Parce que les modes, les familles ou espèces vedettes, ne sont pas forcément les plus intéressantes et si les scincidés sont rarement dans les documentaires, ils intéressent en revanche les scientifiques car c’est une famille très riche, très variée et dont certains caractères ou comportements sont absolument uniques chez les reptiles non aviens. De plus,  certaines espèces sont magnifiquement colorées comme Lepidothyris fernandi et ses flancs rouge vif, le très joli Scincus scincus jaune avec des bandes noires, le bien nommé scinque émeraude (Lamprolepis smaragdina), la superbe queue bleue des jeunes Plestiodon ou Trachylepis, l’allure atypique de Tiliqua rugosa ou d’Egernia stockesii… Faisons mieux connaissances et surtout, découvrons une famille qui mérite d’être bien plus connue !


Photo: Lamprolepis smaragdina, magnifique espèce arboricole du sud-est asiatique.

D’abord pourquoi ce nom, scinques ? C’est vrai que pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de ces lézards il faut préciser ce que c’est. Un éleveur qui montre 4 terrariums et dit : j’ai des scinques, on va tout de suite lui répondre : « tu ne sais pas compter, y’en a quatre ! » (ah ah ah !). Le mot scinque a des origines grecques, récupéré plus tard par les romains et orthographié Scincus, signifiant « une sorte de lézard » selon Lescure & Le Garff dans leur « étymologie des noms d’amphibiens et de reptiles » (2006).

Les scinques font partie du groupe des scinciformata, créé par Vidal & Hedges en 2005 au regard de leur révision globale de la classification phylogénétique des squamates. Lecointre et Le Guyader dans le tome 2 de la « classification phylogénétique du vivant » (2013) ont francisé les noms proposés par Vidal & Hedge et dans le cas des scincformata ont réutilisé le terme scincomorphes, un taxon déjà existant mais paraphylétique que Vidal & Hedge avaient rebaptisé scinformata. Je me range à l’avis de Lecointre et Le Guyader, ils savent de quoi ils parlent ! Ce groupe des scincomorphes comprend également trois petites familles de moins de 30 espèces chacune très proches parents des scincidés : les xantusidés vivant en Amérique du nord, des cordylidés et des gerrhosauridés que l’on trouve en Afrique sub-saharienne et à Madagascar. Avant la révision de Nicolas Vidal et Blair S. Hedges, les scinques étaient regroupés dans un vaste complexe, l’infra-ordre des scincomorphes. On y trouvait déjà les xantusidés, gerrhosauridés et cordylidés, mais également d’autres familles de lézards comme les lacertidés (la famille qui regroupe nos lézards des murailles et autres lézards verts bien de chez nous) qui aujourd’hui sont considérées comme bien plus éloignées des scinciformata, rangés dans un groupe distinct, les latérates.

La division en sous-famille est donc problématique, la classification de Greer, élaborée en 1970, est encore très présente dans la littérature puisque jusque récemment, elle faisait autorité. Greer a distingué quatre sous-familles : les scincinés, qu’il considérait comme le groupe le plus basal avec notamment des espèces nord-africaines comme les Eumeces ; les felyninés où il n’y a qu’un seul genre (Feylinus spp.) comprenant 6 espèces ; les acontianinés, une sous-famille africaine qui doit son nom aux scincidés apodes du genre Acontias ; et enfin, la plus vaste, celle les lygosominés qui regroupe 90% des scincidés. Toutefois, la phylogénie des scincidés montre que les scincinés ne sont pas un groupe monophylétique, ces espèces appartenant à différentes lignées. Ainsi Brandley & al. (2012), via des analyses moléculaires, mettent en évidence deux groupes frères majeurs : les acontianinés et les lygozominés, considérant les scincinés comme un groupe non valide.

Au sein des lygosominés, 5 principaux groupes d’espèces sont distingués. Le groupe Sphenomorphus comprend un peu moins de la moitié des lygosominés, on y trouve de nombreuses espèces australasiennes (Australie et sud-est de l’Asie) mais aussi nord-américaines comme Scincella spp. et méditerranéennes comme Ablepharus spp. Le groupe Eugongylus comprend un nombre légèrement supérieur d’espèces, on y trouve des taxa africains (Afroablepharus) mais surtout australasiens. Le groupe Egernia est plus restreint mais comprend des espèces très particulières, notamment par leur taille avec les plus grandes espèces de scincidés, leurs comportements sociaux et parentaux. On y trouve exclusivement des taxa australiens et néo-guinéens (Tiliqua, Egernia, Cyclodomorphus) et des îles alentours comme les Salomon avec Corucia zebrata. Enfin le groupe Mabuya, qui tient son nom du vaste genre Mabuya aujourd’hui scindé en plusieurs genres (Eutropis, Trachylepis, Chinonia…) que l’on trouve en Afrique, en Eurasie et en Amérique.

Un petit air de serpents ?

Les scinques sont classiquement de petits lézards, mesurant en général entre 15 et 25 cm queue comprise (la taille de celle-ci est très variable, très courte comme chez Egernia stockesii ou très longue comme chez Scincella lateralis). Les plus petites espèces sont celles du genre australien Menetia, dont la longueur museau cloaque mesure en 2 et 3,8 cm, ce sont parmi les plus petits lézards au monde avec les caméléons nains de Madagascar du genre Brookesia et certains geckos. Les plus grands sont les espèces des genres Corucia et Tiliqua dont la longueur museau cloaque peut dépasser 30 cm. Le corps est cylindrique et allongé, couvert d’écailles imbriquées et lisses ressemblant fortement à celles des serpents (mais les écailles ventrales des scincidés sont identiques à celles du dos). La tête  est de forme conique et peu distincte du cou avec de grandes écailles céphaliques dont la « cartographie » est un critère d’identification des espèces ou sous-espèces. De nombreuses espèces possèdent des pattes très courtes et un corps très allongé, on trouve également de nombreux cas de réduction du nombre de doigts et d’apodisme complet (Acontias, Typhlosaurus par exemple), c’est à dire de perte totale des pattes comme chez l’orvet (qui n’est néanmoins pas un scincidé mais un anguidé). L’apodisme est fréquent chez les squamates, l’exemple le plus connu étant celui de serpents mais il est également présents chez les amphisbènes, les dibamidés, certains anguidés, gymnophtalmidés etc… En Europe et en Afrique du nord, l’étude du genre Chalcides a permis d’étudier précisément le développement embryonnaire des pattes et le phénomène de réduction des doigts. En effet, au sein  de ce genre on trouve des espèces possédant des pattes bien développées à 5 doigts (comme Chalcides ocellatus) et d’autres totalement apodes, entre ces deux extrêmes, toutes les combinaisons existent. Le Seps tridactyle par exemple, Chalcides striatus, que l’on rencontre dans le sud de la France, possède 3 doigts à chaque paire de pattes. L’étude de ces différentes espèces  proches parents les unes des autres a permis de comprendre le fonctionnement des gènes du développement (les gènes HoX) mais aussi l’évolution du phénomène de réduction des pattes qui n’est pas linéaire (les espèces les plus anciennes ne sont pas forcément celles ayant 5 doigts que les groupes plus récents auraient perdus au fur et à mesure, c’est donc un phénomène réversible). Le genre Lerista est également la marotte des biologistes qui s’intéressent au phénomène de réduction et de disparition des pattes.


Photo: Chalcides striatus, une espèce de scinque aux pattes réduites vivant dans le sud de la France. Photo: Benny Trapp

D’autres espèces possèdent des pattes normalement développées, un tronc un peu plus court mais la reptation  reste un réflexe répandu surtout pour s’enfuir ou s’enfouir. Les rares espèces arboricoles ont évidemment de longues pattes pourvues de longs doigts pour se déplacer dans les arbres. Corucia zebrata, le plus grand des scincidés, ainsi qu’Eugongylus, ont de grandes pattes puissantes et griffues, une queue préhensile qui s’enroule aux branches, un corps trapu et une tête massive, très différents des scincidés fouisseurs au corps longiligne. Autre cas particulier, Tiliqua rugosa qui possède une petite queue arrondie et tronquée, une tête très large et triangulaire et des pattes pourvues de doigts courts. Cette espèce est strictement terrestre, elle ne grimpe jamais et s’enfouit rarement préférant se cacher dans un terrier. C’est un lézard plutôt lent qui se s’enfuit pas quand il est agressé mais fait face en soufflant bruyamment, en ouvrant grande sa gueule et en exhibant sa large langue entièrement bleue.
La peau des scincidés fait penser à celle des serpents. De petites plaques osseuses indépendantes fichées sous l’épiderme (ostéodermes) assurent une certaine rigidité à la peau qui n’a presque pas de plis. Pour des lézards au corps allongé, souvent fouisseurs et utilisant parfois la reptation, une écaillure de ce type et un corps parfaitement lisse sont nécessaires, c’est également un bon moyen d’échapper aux prédateurs, leur peau lisse les rendant difficiles à saisir. Mais dans le cas des Tribolonotus c’est différent : ils possèdent des rangées d’écailles en formes de petites cornes sur le dos et une tête large et anguleuse. Leurs pattes sont assez grandes, ils sont principalement terrestres et ce sont des animaux lents et très discrets. Leurs cousins du genre Tropidophorus sont couverts d’écailles épineuses donnant un aspect rêche à leur corps. De même certains scincidés australiens du genre Egernia, ont des écailles épineuses sur le corps (E. cunninghami) ou une queue raccourcie couverte d’épine (E. stockesii, E. depressa). Si la plupart des scincidés possèdent des paupières mobiles, chez quelques espèces comme Ablepharus spp, les paupières sont fixes comme chez les geckos (même si les yeux restent plus petits). A noter également que les scincidés se caractérisent par la présence d’un palais secondaire ossifié qui sépare le conduit respiratoire (trachée) de l’œsophage alors que chez les autres lézards ces deux passages se rejoignent.


Photo: Acontias percivali, une espèce totalement apode. Richard001

Ecologie :

La grande majorité des scinques sont des lézards terrestres, grimpant peu ou alors sur des surfaces larges (rochers par ex.). Beaucoup ont des mœurs fouisseurs plus ou moins développés : il y a des espèces qui passent le plus clair de leur temps dans le sol ou la litière végétale qui tapisse les forêts et autres biotopes bien pourvus en végétation arborée ou encore dans les substrats meubles comme le sable pour les espèces déserticoles. Les étranges Sirenoscincus sont sans doute les espèces le slus adaptées au monde souterrain, filiformes et dépigmentés, ayant de courtes pattes et un museau pointu, leurs yeux sont atrophiés et recouvert par une écaille, ces lézards sont aveugles faisant penser aux amphisbéniens ou certains serpents fouisseurs. D’autres restent en surface mais trouvent refuge en s’enfouissant en cas de danger, pour fuir une chaleur excessive ou passer la nuit. Les espèces possédant des pattes robustes et bien développées creusent avec ces pattes, les autres, et à fortiori les espèces apodes, s’enfoncent dans le substrat par reptation, le museau servant à creuser (museau qui est par exemple renforcé par de grosses écailles chez certains apodes comme les Acontias). Une autre espèce s’aide à la fois de son museau aplati, de la reptation et de ses pattes pour s’enfouir et évoluer dans le sable c’est le célèbre « poisson des sables », Scincus scincus dont le mode de déplacement a été étudié en laboratoire et a servi de modèle pour fabriquer des robots capables de s’enfouir dans le sable. Il existe également un certain nombre de scinques qui vivent dans des micro-habitats très spécifiques comme les termitières.


Photo: Scincus scincus en captivité.

Les espèces réellement arboricoles, c’est à dire vivant principalement dans les arbres, sont rares ; Citons les petits Dasia et Lamprolepis, certains Emoia, les Prasinohaema (dont la particularité est d’avoir du sang et des tissus verts !), Egernia striolata, le grand Corucia zebrata et les Eugongylus

Enfin, si comme tout lézard les scinques sont capables de nager, certains ont d’importantes affinités avec l’eau et les milieux humides. Les Tropidophorus en sont un bel exemple ainsi que les Eulamprus australiens, on peut les qualifier de lézards semi-aquatiques.

La plupart des scincidés sont diurnes pouvant néanmoins devenir nocturnes dans les régions arides en période de fortes chaleurs, mais rares sont les espèces fondamentalement nocturnes. Citons néanmoins les Eremiacsincus (Australie) ou quelques espèces du genre Liopholis (anc. Egernia) ou encore Corucia zebrata.

Côté alimentation, les scincidés sont pour la plupart de petits insectivores, mais les grandes espèces sont volontiers omnivores voire végétariennes. Corucia zebrata est exclusivement végétarien, Tiliqua rugosa l’est à plus de 90% mais c’est très fluctuant selon les saisons. Au printemps ou en été il se gave de baies et de fleurs, quand celles-ci viennent à manquer il se rabat sur des coléoptères et des escargots. En parlant d’escargot, un met que beaucoup de grands scinques adorent, le scinque à langue rose Cyclodomorphus gerrardi, vivant dans les forêts humides  de l’est de l’Australie, en a fait sa spécialité. Il les aime crus, sans beurre et la coquille n’est pas un problème : avec sa puissante mâchoire il l’écrase puis se débarrasse des éclats de coquille avec la langue. Ce lézard est un véritable spécialiste alimentaire, ne se nourrissant que de gastéropodes. D’autres espèces raffolent des termites comme certaines espèces apodes (Acontias, Typhlosaurus, Anomalopus…) qui chassent à l’intérieur même des termitières.

Si les grands scinques sont d’assez mauvais chasseurs voire de pacifiques végétariens, les petites espèces sont d’habiles petits prédateurs d’insectes et autres arthropodes, vers ou mollusques. Ils sont rapides et ont en général une mâchoire robuste capable d’écraser la chitine des insectes. Leur longue langue charnue leur sert à faire bouger la proie dans la gueule, se « lécher les badines », mais elle a un rôle supplémentaire, commun chez les squamates : la vomérolfaction. Il s’agit de collecter des molécules odorantes avec la langue et de les transmettre à l’organe de Jacobson, un organe sensoriel placé dans le palais, qui analyse ces molécules odorantes indépendamment de celles réceptionnées par le nez.  Cette faculté sensorielle est particulièrement développée chez les varans et les serpents, optimisé par leur langue bifide qui n’a plus aucune fonction gustative ni mécanique. Chez les scinques, la langue conserve ces deux fonctions basiques et n’est pas bifide, mais comme les serpents ou les varans, ou même l’orvet qui possède aussi une langue bifide, lorsqu’un scinque a repéré visuellement quelque chose de « louche » ou d’intéressant près de lui, il va sortir sa langue par à-coups pour « sentir par la langue » (c’est ce que signifie littéralement le mot « vomérolfaction »). En plus donc d’une très bonne vue, d’un bon odorat, d’une ouïe correcte, les scinques analysent leur environnement avec un sens voméronasal parmi les mieux développés chez les squamates n’ayant pas de langue bifide.


Mâle de Plestiodon laticeps, un scinque nord-américain dont les femelles gardent les oeufs (wikimedia commons).

Une biologie et des comportements reproducteurs uniques !

La biologie reproductrice et les comportements liés à la reproduction des scincidés intéressent beaucoup les scientifiques car certaines espèces représentent des cas uniques chez les reptiles non aviens.
Plus de 40% des scincidés sont vivipares. On les qualifie souvent d’ovovivipares, mais la distinction entre ovoviviparité et viviparité tombe en désuétude car il y a tout un éventail de viviparités et pas seulement deux types bien marqués. Chez les scincidés cela va de l’œuf qui incube dans le corps de la femelle et qui mis à part l’absence de coquille calcifiée garde encore toutes ses caractéristiques d’œuf « classique » (l’embryon ne se nourrit que du vitellus) ; à la viviparité dite matrotrophique quasi complète comme chez Mabuya heathi où le vitellus a quasiment disparu et où l’embryon tire l’essentiel de ses nutriments d’échanges avec le corps maternel. Selon les espèces la part entre l’alimentation vitelline et matrotrophique est très variable de même que, par conséquent, le développement de réseaux de vaisseaux sanguins sur la paroi utérine et au niveau de la membrane qui entoure l’embryon. Très simple dans certains cas, dans d’autres, les modifications sont importantes formant une placentation simplifiée. Certains biologistes distinguent 4 types de viviparité chez les reptiles liée à la placentation, on les retrouve tous les quatre chez les scinques.

Il y a bien sûr des espèces ovipares, dont certaines montrent des comportements de garde de ponte durant une grande partie de la durée d’incubation et même jusqu’à l’éclosion comme chez les Plestiodon d’Amérique du nord (ex. Eumeces) et chez les scinques crocodiles du genre Tribolonotus. Chez les Plestiodon, la femelle reste au contact de ses œufs durant l’incubation, parvenant par différents comportements à optimiser la thermorégulation et le taux d’humidité dans le nid, couvrant entièrement la ponte avec son corps par exemple pour maintenir l’humidité qui émane du sol, au pire, elle urine sur le sol. Des pontes communautaires ont été observées où le temps de garde des œufs et de sorties pour se nourrir ou se réchauffer étaient partagés entre les femelles. Il n’y a toutefois pas de soins prolongés après la naissance, la femelle abandonne les nouveau-nés un ou deux jours après leur naissance. Chez Tribolonotus gracilis en revanche, les juvéniles restent plus longtemps avec la femelle.

Chez la plupart des vivipares, la femelle se contente de ne pas dévorer sa progéniture naissante, ce qui semble logique ! Mais les jeunes partent dans les minutes ou heures qui suivent leur libération. Chez de très rares espèces, des jeunes restent avec la femelle ou le groupe parental pendant plusieurs mois. Mais il n’y a pas forcément de soins actifs, la femelle, le couple ou le groupe ne montre aucune agressivité envers les jeunes qui restent à proximité, sur le même territoire, mais les adultes ne s’en occupent pas outre mesure. Chez certains Egernia les mâles tolèrent la présence de jeunes mâles issus du « harem » jusqu’à un certain âge où ils les chassent. Les femelles sauf s’il y a surpopulation et concurrence alimentaire, restent sur le territoire « familial ».

Photo: Groupe d'Egernia kingii

Chez Tiliqua rugosa, il y a deux types de comportements particuliers liés à la reproduction. D’abord la monogamie : il a été constaté que mâles et femelles forment des couples monogames et fidèles d’une année sur l’autre bien qu’ils ne restent ensemble qu’une courte période, lors des accouplements et de la gestation, au printemps. Par la suite, le couple se sépare pour plusieurs mois. Ils ne vont pas forcément hiberner dans les mêmes abris mais se retrouvent l’année suivante. On ne sait pas encore tout à fait comment se forment ces couples ni comment ils se retrouvent. Contrairement à ce qui fut longtemps envisagé, la monogamie n’est pas une stratégie du mâle pour empêcher « l’adultère »n, car le taux d’accouplements avec d’autres mâles est relativement important. Il semble surtout permettre une protection mutuelle, en effet, quand l’un des deux scinques mange, l’autre cesse de manger et observe les alentours. Plus tard, la femelle mettra au monde un à quatre petits déjà formés et souvent bien grands ! Ces jeunes resteront plusieurs semaine près de la femelle, mais cette dernière ne s’en occupe pas particulièrement, elle ne les défend pas, mais n’est pas non plus hostile envers eux. Il semble que cette neutralité bienveillante permette aux jeunes de bénéficier de l’expérience de leur mère en terme de quête de nourriture et de vigilance vis-à-vis des prédateurs.

Seul le scinque géant des îles Salomon, Corucia zebrata, montre de véritables comportements de soins, qui vont au-delà de la seule tolérance. En effet, les jeunes restent très proches de leur mère qui les défend avec ardeur, sa puissante mâchoire étant un argument de poids ! Cette espèce forme des circulus, composés essentiellement de femelles, les mâles étant tenus à l’écart, acceptés seulement quand une femelle est réceptive à l’accouplement. La gestation est longue, jusqu’à 8-9 mois dans la nature, un seul jeune nait par portée, plus rarement deux. Le groupe de femelles est souvent composé de celles nées au sein de ce clan qui est donc composé de mères, filles, tantes, cousines… Les jeunes mâles eux, ne sont plus acceptés passé un certain âge. Il a été observé en captivité que les mères reconnaissent leur petit, et inversement, mais que cette reconnaissance est également valable parmi les autres membres du circulus ; quand on met un juvénile d’une femelle chez une autre femelle qui n’a pas de petit, elle l’accepte et le défend comme si c’était le sien.


Photo: Corucia zebrata

Menaces :

Il y a encore quelques années, hormis Corucia zebrata, les scinques étaient peu nombreux dans les listes d’espèces menacées comme celle de la CITES. Mais de plus en plus de taxa entrent dans les listes rouges de l’IUCN. En général, c’est suite à un examen minutieux des populations qui montre des effectifs en régression ou en faible nombre. Une situation qui perdurait parfois depuis longtemps mais qui était ignorée fat d’études. Mais même des espèces bien connues et bien  étudiées sont en régression constante comme de très nombreux autres reptiles.

Selon le site de l’IUCN, 62 espèces (sur les 446 étudiées soit moins d’un tiers de la famille) sont en danger, en danger critique d’extinction ou éteintes. Parmi les espèces en danger critique d’extinction nous avons :

 Afroablepharus annobonensis : Endémique de la petite île d’Annobon, au large de la Guinée équatoriale. Cette île volcanique isolée, aux reliefs peu élevés (598 m max), de seulement 6km de long sur 3 km de large. L’espèce est menacée par la conversion de son habitat en zones agricoles et l’introduction d’espèces prédatrices.

Brachymeles cebuensis : Espèce vivipare aux pattes très réduites et au corps très allongé vit sur l’île de Cebu au centre des Philippines. Son aire de répartition ne ferait, selon l’IUCN, que 20 km² et est en déclin à cause de la déforestation.

Chalcides ebneri : selon le rapport de 2006 de l’IUCN l’espèce n’a plus été observée depuis 1970. Originaire de l’est du Maroc elle a subit la destruction de son habitat, son aire de répartition ne faisant que 100  km².

Emoia nativitatis : endémique de l’île Christmas, une minuscule île près de l’Australie connue aussi pour l’impressionnante migration annuelle de crabes terrestres. Ce très petit scincidé est menacé par la trop classique dégradation de milieu mais aussi et surtout par l’introduction de la fourmi « folle »  jaune (yellow crazy ant), Anoplolepis gracilipes. Cette espèce de fourmis dont on ne connaît pas exactement l’origine exacte, ( mais qui viendrait d’Afrique semble-t-il) a été introduite involontairement sur de nombreuses îles tropicales à travers le monde et y fait d’importants dégâts comme les fourmis d’Argentine dans le sud de l’Europe ou les fourmis à grosse tête à Hawaï par exemple qui ont causé la disparition de deux espèces de lézards en quelques années dont une autre espèce du genre Emoia (E. impar) qui avait lui-même été introduit sur ces îles (2).

Geoscincus haraldmeieri: On ne connaît actuellement que deux spécimens naturalisés de cette espèce découverts par Böhme dans les années 1970 dans le centre de la Nouvelle-Calédonie. Malheureusement, la zone forestière où ces spécimens furent découverts a été convertie en cultures, on ne sait donc pas si l’espèce existe encore. A cela s’ajoute l’introduction de fourmis invasives.

Lioscincus vivae : Une autre espèce néo-calédonienne découverte par Saldier, Buaer, Withaker et Smith en 2004. Cette espèce ne vit que dans une région restreinte du centre de Grande Terre (massif de Kopéto-Paéoua).

Madascincus arenicola : Un joli petit scincidé aux pattes courtes ne se trouvant que dans une région très restreinte (moins de 60 km²) de l’extrême nord de Madagascar (Baie des Sakalava et Baie des Dunes, Forêt d'Orangea).

Marmorosphax taom : N’a été pour l’instant observée sur le mont Taom, en Nouvelle-Calédonie. Décrite seulement en 2009.

Nannoscincus exos et N. manautei : Deux autres espèces de Nouvelle-Calédonie vivant dans les zones montagneuses du nord de Grande Terre. Comme les autres, la déforestation et l’introduction d’espèces invasives sont les causes majeures de leur raréfaction, leur territoire étant très restreints elles sont d’autant plus fragiles.

Paracontias fasika et P. minimus : Deux espèces apodes malgaches. Dans le cas de la première, un  seul spécimen est connu, pour P. minimus, sa zone de répartition est estimée à 29 km² seulement.

Conclusion :

Mal connues, voire franchement ignorés, les scincidés sont pourtant un véritable musée des curiosités au sein des reptiles. Ce sont parmi les rares reptiles à porter de soins à leurs jeunes ou à avoir un comportement social complexe, mais certaines adaptations anatomiques sont uniques comme les griffes du petit scincidé indien du genre Ristella qui possède, comme les chats, des griffes rétractables !

En savoir plus :

- Vidéo du poisson des sables

- Toutes les espèces de scincidés (reptile database)

(2) : Communiqué sur la disparition inquiétante de deux espèces de lézards à Hawaï (I. Ineich – MNHN).

MAJ 9 oct. 2013.



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