Anguis veronensis Pollini, 1818 
L’Orvet de Vérone.
Vincent NOËL

Publié le 28/12/2014

Depuis longtemps, naturalistes et scientifiques ont noté des différences chez l’orvet fragileAnguis fragilis - selon les régions où il est observé. Certaines de ces populations furent un temps considérées comme des espèces, des sous-espèces ou des variétés géographiques. Depuis une vingtaine d’années, des études génétiques tentent d’éclaircir les liens de parenté entre ces différentes populations montrant qu’A. fragilis est un groupe d’espèces complexe.

En 2013, Gvoz & al publient un article dans molecular phylogenetic and evolution où ils mettent en évidence que «  les orvets d’Italie forment un clade avec un ADN mitochondrial profondément différent et probablement une divergence pendant ou peu après la radiation basale du genre Anguis. De plus, les spécimens appartenant à ce clade montrent des haplotypes distincts dans les gènes PRLR ainsi que des différentes morphologiques avec A. fragilis ». Avec l’érection des Alpes puis les périodes de glaciations, les populations italiennes se sont retrouvées isolées et ont dérivé génétiquement, formant une espèce à part : Anguis veronensis. C’est une nouvelle espèce pour la faune européenne mais aussi pour la faune française puisqu’elle est également présente au sud-est de la région « PACA » et notamment dans les Alpes maritimes.

Une toute nouvelle espèce ? Pas tant que ça puisque d’autres savants avaient déjà décrit des espèces italiennes d’orvets. Par exemple Antoine Risso (1777-1845) décrivit en 1826 Anguis cinerea dans son ouvrage « Histoire naturelle des principales productions de l’Europe méridionale et particulièrement de celles des environs de Nice et des Alpes Maritimes » (non, ils ne pouvaient pas faire court à l’époque !) : « Le corps de cette nouvelle espèce est assez gros, épais, à tête courte, obtuse, d'un beau cendré sur le dos, avec une ligne verdâtre au milieu, accompagnée de trois bandes couleur de plomb de chaque côté; l'abdomen est d'un gris pâle, traversé par plusieurs lignes inégales bleuâtres, légèrement mêlées de brun. La femelle est un peu moins colorée que le mâle. Long. 0,260, Séj. Dans nos prairies. App. Presque toute l'année. ».


Anguis cinerea fut d’ailleurs le premier nom que Gvoz & al. ont utilisé en 2013 pensant que Risso fut le premier à le décrire, mais  d’autres herpétologues comme Mario Schweigger ont montré que Pollini avait déjà décrit cette espèce sous Anguis veronensis en 1818. La priorité est donc pour veronensis et non cinerea (la correction a été faite après une première publication de l’article, d’où une cohabitation temporaire des deux noms !).


Selon Gvoz & al. (2010) un certain nombre de caractères permettent d’identifier A. veronensis :

  • La tête de A. veronensis est plus massive que celle d'A. fragilis.
  • Sa queue est également plus longue avec un nombre d'écailles sous-caudales supérieures:
  • Chez 28% des spécimens étudiés par Gvoz & al. (59 spécimens), les écailles préfrontales ne sont pas en contact, un caractère bien plus rare chez A. fragilis (6% des 63 spécimens étudiés).
  • Les caractères liés à la coloration doivent être vérifiés (coloration noire au niveau de l'abdomen)

Ces critères d’identification sont subtils et restent ambigus, un problème courant au sein du genre Anguis. Le lieu d’observation est donc un indice précieux puisque cette espèce est la seule du genre Anguis sur son aire de répartition à l’exception des bordures de répartition, notamment en France et en Istrie où il côtoie A. fragilis. En revanche, tout orvet observé en Italie, depuis les Alpes jusqu’au pied de la botte, est assimilé à cette espèce. Pour connaître son écologie il faut se référer aux descriptions de l’écologie d’Anguis fargilis en Italie…

En France, A. veronensis n’est présent que dans les Alpes maritimes, toutefois sa répartition est à préciser ainsi que la présence de zones de contact avec A. fragilis où les deux espèces pourraient s’hybrider. De telles hybridations ont déjà été révélés à l’est de sa répartition, en Istrie. Toute observation d'orvet dans le sud-est de la France peut aider à la clarification de la chorologie de l'espèce, même s'il est compliqué de les différentier sur leur seule apparence, des photos de qualité sont des indices précieux à communiquer à des associations herpétologiques pour une identification précise. Son écologie est très semblable à celle d'Anguis fragilis.


Sources:

Pollini, C. 1818. Lettera del sig. dott. Ciro Pollini al Direttore della Biblioteca Italiana intorno ad alcune malattie degli ulivi e ad alcuni serpenti del Veronese, per servire di appendice alla sua Memoria su lo stesso argomento inserita nel T. VIII, p. 63 di quest Bibl. Ital. giorn. lett., sci. art. 9: 236–240.

Risso, A. 1826. Histoire naturelle des principales productions de l’Europe méridionale et particulièrement de celles des environs de Nice et des Alpes Maritimes. Vol. 3 (à lire en PDF : http://ia600809.us.archive.org/27/items/histoirenaturell03riss/histoirenaturell03riss.pdf ).

Václav Gvoz, Norbert Benkovsky, Angelica Crottini, Adriana Bellati, Jir?í Moravec, Antonio Romano, Roberto Sacchi, David Jandzik. 2013. An ancient lineage of slow worms, genus Anguis (Squamata: Anguidae), survived in the Italian Peninsula. Molecular Phylogenetics and Evolution.

 




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