Les iguanes des Caraïbes - genre Cyclura.

 Vincent NOËL.
 

Carte de répartition des Cyclura.


Portrait de Cyclura collei (wikimedia commons)
 
Ces iguanes fortement menacés, ne sont présents que sur certaines îles des Caraïbes : Iles Bahamas, Cuba, Jamaïque, Cayman... On ne les rencontre néanmoins pas aux « petites Antilles ». Huit à dix espèces d’Iguanes des caraïbes sont reconnues actuellement, la plupart son endémiques d’une île ou d’un archipel. Ce sont généralement de grands animaux mesurant 80 à 120 cm voire 150 cm, robustes et lourds. Les jeunes sont parfois arboricoles mais les adultes essentiellement terrestres même s’ils peuvent grimper à l’occasion. Ils vivent plutôt dans des zones semi-arides à arides ou sur des îles coralliennes avec peu de végétation.
 
Au sein du genre Cyclura, on trouve malheureusement parmi les espèces les plus menacées de la planète… On parle toujours des lions, des éléphants, des baleines, mais la situation de certaines espèces d’iguanes des caraïbes est bien plus alarmante ! Combien d’espèces de reptiles au bord de l’extinction, mais aussi d’amphibiens ou d’insectes menacées, sont ainsi totalement méconnues, absentes des documentaires, méprisées par les grandes associations de protection de la faune, par les vedettes et par l’opinion publique. Leur statut d’animaux « inférieurs » pèse encore beaucoup et mis à part les tortues, quand on dit qu’un reptile est en voie d’extinction, c’est tout juste si les gens ne crient pas victoire tant ils assimilent encore le reptile à un animal dangereux et répugnant ! Pour des raisons avant tout liée à un héritage culturel, religieux et des affaires de goût et de marketing, les efforts pour lutter contre le déclin de la biodiversité se réduisent aux seuls grands mammifères et à quelques oiseaux. Pourtant la réalité est bien différente, n’oublions pas qu’avec les amphibiens, les reptiles sont considérés aujourd’hui comme les groupes zoologiques les plus vulnérables et dont le déclin est le plus préoccupant pour les biologistes.
 
Comme beaucoup d’espèces insulaires, les Cyclura, ont payé le prix de leur vie sur des îles isolées, mais aussi de leur placidité, de leur taille… Ces animaux furent intensément chassés pour leur viande par les premiers colons qui arrivèrent aux caraïbes dans le sillage de Christophe Colomb. L’introduction de rats, de mangoustes ou de chats a également provoqué leur raréfaction sans oublier l’agriculture et l’urbanisation qui a grignoté leur habitat.
 
Tous les Cyclura sont en annexe I de la CITES, leur commerce est quasiment interdit. Seuls des spécimens nés en captivité et moyennant des autorisations spéciales peuvent être commercialisés. Certains zoos et vivariums publics en élèvent, et des espèces comme Cyclura lewisi ont bénéficié de programmes de reproduction en captivité avec association de différents zoos notamment Etats-uniens, afin de sauver l’espèce. Les particuliers qui possèdent des espèces « moins » menacées comme C. cornuta ou C. nubila sont très rares. En France, le certificat de capacité est obligatoire pour en détenir.
 
Les Cyclura sont de gros lézards assez placides mais qui peuvent tout de même se défendre avec vigueur, proches des iguanes terrestres des Galapagos. Chaque spécimen occupe en général un territoire centré sur un abri (cavités et grottes dans les roches calcaires nombreuses dans les îles corallines) ou un terrier parfois profond que les femelles quittent rarement (ce sont les mâles qui viennent les chercher). La taille du territoire varie selon la quantité de nourriture qu’il contient et les éventuelles pressions extérieures : territoire d’un autre iguane, d’un autre animal, présence d’obstacles… Ils recherchent plutôt des zones dégagées, n’appréciant pas les sous-bois des forêts épaisses. Héliophiles, ces lézards passent beaucoup de temps à s’exposer au soleil pour se réchauffer. Ils se nourrissent également le jour puis retourne se réchauffer pour faciliter la digestion. Comme d’autres iguanes ils sont végétariens. Malgré qu’ils vivent dans une région tropicale avec une longue saison humide, la végétation souffre souvent du manque d’eau, en particulier sur les petites îles corallines. Les iguanes des caraïbes sont donc adaptés à une végétation sèche et coriace. Sur les petites îles, les iguanes sont les principaux animaux végétariens, et comme beaucoup de végétariens, ils ne détruisent pas la flore, bien au contraire, ils contribuent à son équilibre. Se nourrissant des graines, ils aident à les dispersées, certains espèces ayant d’ailleurs besoin d’être d’abord intégrées puis évacuées dans les selles pour pouvoir germer. La flore de ces îles s’est adaptée à la présence de ces iguanes et de leur impact sur l’écosystème, un phénomène de co-évolution se met en place, sans eux, cet écosystème ne parvient plus à se maintenir et les espèces endémiques de plantes disparaissent avec les iguanes.
 
La période des accouplements est courte, quelques semaines durant laquelle les mâles sont très agressifs. Ils s’octroient un territoire qui comprend celui de plusieurs femelles, attaquant tout intrus et harcelant les femelles pour s’accoupler rapidement. La ponte est déposée dans un profond terrier que la femelle va garder sur une durée plus ou moins longue selon l’espèce. Le nombre d’œufs varie fortement selon l’âge de la femelle, les plus âgées sont plus productives. Les œufs sont très gros, plus gros qu’un œuf de poule et pouvant peser autour de 100g.
 
Les jeunes sont plutôt arboricoles, ils sont très vifs et alertes car ils sont une proie très recherchée des rapaces, félins et autres prédateurs. La longévité de ces lézards est exceptionnelle, des spécimens ont vécu plus de 50 ans en captivité.

 Présentation des différentes espèces:
 
Cyclura carinata :
C. carinata bartschi. Endémique de Booby Cay, Ile de Mayaguana. 750 individus dans la nature.
C. carinata carinata. Archipel de Turks and Caicos. Espèce encore abondante avec 30 00 individus sur la cinquantaine de petites îles qu’elle occupe.
 
Cyclura collei : Jamaïque, espèce considérée comme éteinte depuis les années 1940 mais en 1970 un spécimen fut observé puis en 1990 une population d’environ 100 individus a été mise au jour. Cette espèce a surtout souffert de l’introduction des mangoustes au milieu du XIXème siècle, elle ne survit que dans des zones où elles sont absentes (Hellshire Hills). Un programme de reproduction en captivité a été lancé d même qu’une protection accrue de la zone où cette population survit. Entre 1996 et 2010, 138 spécimens nés en captivité ont été relâchés dans les Hellshire Hills.
 
Cyclura cornuta.
C. cornuta. Ile d’Hispaniola (République dominicaine), cette espèce est la plus courante en captivité. Elle est classée vulnérable et en déclin par l’IUCN. Sa population est estimée à environ 10 000 individus mais les populations sont très fragmentées et isolées.
C. cornuta stejneggeri : Parfois considéré comme une espèce à part entière. Endémique de Mona Island.
 
Cyclura cychlura : Ses sous-espèces sont dispersées sur de nombreuses îles, et si la population globale est estimée à 5 000 individus, sur certaines îles il n’en reste qu’une trentaine, sur d’autres entre 100 et 250. L’espèce est en déclin du fait de la destruction de son habitat.
C. cychlura cychlura Endémique de l’île d’Andros aux Bahamas. 3 500 individus.
C. cychlura figginsi. Endémique d’Exuma Cays aux Bahamas. 1 300 individus
C. cychlura inornata Endémique d’ Allens Cay, Bahamas. Un milliers d’individus.


Cyclura cychlura inornata. Markus Jilmi Ivan
 
Cyclura lewisi. Endémique de l’île de Grand Cayman. Avec seulement 50 à 100 dans la nature, c’est l’un des animaux les plus menacé au monde. En 2003 il n’en restait plus que 15 en milieu naturel et de rigoureux plans d’élevage en captivité furent lancés permettant de relâcher des centaines de spécimens. Malheureusement, l’espèce n’est pas sauvée pour autant car les causes de sa raréfaction sont toujours présentes et les deux parcs naturels les hébergeant sont minuscules.
 
Cyclura nubila
C. nubila caymanensis Endémique de l’île de Little Cayman.
C. nubila nubila. Cette espèce, la plus grande du genre, a une vaste répartition comparativement aux autres Cyclura, on la rencontre à Cuba et ses nombreuses îles limitrophes ainsi qu’à Puerto Rico où elle a été introduite. C’est, avec C. cornuta cornuta, l’espèce la plus répandue en captivité.
 
C.  onchiopis. Cette espèce vivait sur l’île de Navassa, au large d’Haiti. L’île de Navassa (ou Navasse) a une histoire très particulière. C’est un atoll corallien entouré de falaises abruptes, aujourd’hui inhabité et sous administration des Etats-Unis. Cette île est revendiquée aujourd’hui par Haïti ainsi que par un sombre industriel italien qui veut en faire un micro-état afin d’acquérir l’immunité diplomatique et échapper à toutes poursuites judiciaires. Cet homme est responsable d’un trafic de déchets hautement toxiques jetés en mer ou envoyés en Somalie devenue une gigantesque poubelle de l’occident. Sans doute veut-il faire de même avec Navassa. Cette île fut toujours très convoitée et les Etats-Unis l’obtinrent pour y exploité le Guano, ces fientes d’oiseaux desséchés très riches en phosphate. Des ouvriers y vécurent et chassèrent les iguanes terrestres, introduisant également des chiens, des rats…. De nombreuses espèces endémiques disparurent dont C. onciophis qui est aujourd’hui totalement éteinte et ce, depuis le milieu du XIXème siècle.
 
Cyclura pinguis. Endémique des îles vierges britanniques, moins de 200 spécimens survivent dans la nature ou dans des centres d’élevage.
 
Cyclura ricordi. République Dominicaine, n’est plus présente que dans deux régions sèches du sud-ouest du pays dans la vallée de Neiba et la péninsule de Barahona. 2 à 4 000 individus.


Cyclura ricordi - Yolanda M. Leon
 
Cyclura rileyi
C. rileyi cristata. Endémique de Sandy Cay, Bahamas, moins de 100 individus dans la nature.
C. rileyi nuchalis. Acklin Cay, Bahamas
C. rileyi rileyi. San Salvador, Bahamas


Cyclura rileyi - Anagoria

En savoir plus sur la protection des Iguanes des caraïbes: http://www.iguanafoundation.org/

Voir aussi: http://www.cyclura.eu/de/
VN 02/06/2013



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