Recette pour un varan des savanes heureux !

 
Vincent NOËL – 12 avril 2016.

La recette du bonheur terrariophile passe par le bien-être de leurs animaux qui profitent de leur terrarium comme on aime profiter de son chez soi. Malheureusement, certains terrariums ressemblent à un 12m² après le passage d’un huissier ! Qui voudrait vivre juste avec un matelas par terre et un stock illimité de raviolis en boite ? Les conditions de vie de trop de varans, qui sont parfois l’application de conseils obsolètes, est à leur bien-être ce qu’un mauvais fast-food est à la gastronomie : vite fait, mal fait et qui rend obèse. Alors faisons dans le 4 étoiles !
Héritage d’une littérature anglo-saxonne des années 1970-80, les conseils encore donnés pour élever ce lézard « bon marché » ne respectent pas ses besoins. Jugé peu actif voire indolent, grassouillet voire obèse, ce beau lézard mérite mieux. Beaucoup d’éleveurs estiment que ce sont des conditions inadéquates de vie en captivité qui induisent ce caractère « inintéressant » car sous d’autres conditions, plus stimulantes, le varan des savanes reprend son comportement de varanidé et fier de l’être ! C’est un reptile qui se montre alors curieux, intelligent, surprenant, avec de fortes individualités, sans être nerveux ni agressif mais qui peut avoir ses petits « coups de folie ».

De l’espace !

Pour reprendre l’étrange terminologie à la mode en cuisine : on est « sur » du gros lézard, donc il vous faut un grand four, pardon, un grand terrarium ! La dimension de 200x100x100 cm est classiquement recommandée pour un couple. C’est une base acceptable dans une optique de « confort » et non de « minimum vital », mais pour un seul spécimen. Un couple aura alors sa place dans un terrarium d’au moins 250x120 cm de base. La hauteur est surtout conditionnée par l’épaisseur du substrat et les éclairages chauffants car ces lézards grimpent peu, 100-120 cm sont des dimensions à retenir. Bien entendu, rien ne vous empêche de voir plus grand, et si vraiment vous voulez aménager un bel espace pour vos varans, un terrarium de 4-5 m² (soit environ 300x150 cm de base) n’en sera que mieux. Toutefois, dès qu’un terrarium dépasse 120 cm de profondeur, le travail peut y devenir compliqué et à moins de ramper dans le terrarium, vous aurez du mal à saisir quelque chose situé tout au fond. Aussi, la hauteur doit être augmentée pour que vous puissiez y entrer sans demander à votre fils de 5 ans d’aller chercher le gros lézard là-bas (pas bien !).

Un intérieur sécurisant et stimulant.

Vous avez l’espace, reste à savoir ce qu’on fait de cet espace. L’aménagement doit être conçu pour assouvir deux instincts essentiels de notre varan : creuser et s’abriter. Côté abri d’abord : une grosse caisse en bois avec un trou d’accès sur le côté ou sur le plafond sera placée en zone fraîche et tant qu’à faire, une seconde en zone chauffée. Elle sera enterrée et le plafond affleurera à peine de la surface du substrat. Ce plafond doit être amovible (muni de charnières par exemple) pour voir ce qui se passe dans l’abri sans avoir à le déterrer. L’utilisation de dalles en pierre est envisageable, mais elles devront être solidement agencées pour éviter tout risque de chute quand le varan creuse, de plus, sachant qu’un adulte a besoin d’un abri d’au moins 80x60 cm de surface, ça fait de la grosse dalle ! Elle peut devenir très difficile à manipuler quand il s’agit de chercher le varan dans son abri, avec non seulement un risque pour vos lombaires, vos doigts mais aussi que la dalle tombe sur le lézard. La décoration n’a pas besoin d’être très complexe, on disposera, quelques grosses souches posées sur le plancher du terrarium et qui émergeront du substrat. Inutile de faire de ces souches des gratte-ciels ou de mettre des branches dont le diamètre est inférieur à celui du lézard, il ne s’y aventurera pas. Des tubes et demi-tubes de liège seront également très appréciés : plus légers, on peut les poser à même le substrat ou les enterrer en partie. L’entrée de l’abri peut être un tube de liège émergeant à la surface. Bien sûr le reptile doit pouvoir s’y glisser sans peine. Des roches peuvent aussi être placées, posées en premier sur le plancher car le varan sera tenté de creuser dessous. Côté plantes, sachez que le varan va leur mener la vie dure, les artificielles sont donc plus adaptées. Si vous optez tout de même pour des plantes vivantes préférez-les robustes comme les Yucca, les agaves ou les Dracaena, maintenez-les dans leurs pots que vous pouvez grillager pour éviter qu’il ne les déterre. Sinon, des bottes de graminées peuvent être plantées, elles sècheront sans doute mais donneront un aspect « savane ».

L’eau est primordiale, trop de varans souffrent de déshydratation. Un grand bac dans lequel le varan peut entièrement se plonger est recommandé. L’humidité ambiante d’une habitation (40-60%) suffit. Comme les chauffages assècheront le terrarium, on recommande de maintenir une partie du substrat humide (ou d’humidifier l’abri en zone non chauffée), par exemple celui de l’abri en zone fraiche avec une pulvérisation généreuse une ou deux fois par semaine.

De bons paramètres climatiques.

Le varan des savanes vit en milieu tropical semi-aride, marqué par une saison humide et chaude où il est très actif, et une saison sèche un peu moins chaude où son activité est réduite. Le terrarium sera chauffé de préférence par des ampoules. La température ambiante atteindra 27-32°C selon les zones du terrarium : une moitié est chauffée, l’autre non. Le point chaud se situe soit à l’aplomb d’une large pierre, au-dessus de l’abri « zone chaude » ou simplement au-dessus d’une portion de substrat. La température y atteindra 40-45°C juste sous les lampes. Rappelons que l’important n’est pas la précision des températures - si votre zone « fraiche » est à 25°C ce n’est pas grave - l’important est que le lézard ait accès à différents gradients thermiques pour qu’il puisse faire varier sa température corporelle entre 30 et 40°C selon ses besoins (sa température moyenne préférentielle est autour de 36°C).  Bien que le point chaud doit rester localisé, le lézard devra pouvoir s’y étaler de tout son long et une seule ampoule type spot ne couvre en général pas assez de surface. Il faut donc en mettre deux voire 3, espacées de 20-30 cm. L’une d’elle sera un spot PAR classique, par exemple de 75-100W ; l’autre un spot type halogénure métallique pour reptiles diffusant UV A et B (Solar Raptor, Bright Sun…) de 70 à 150W ou à vapeur de mercure. Comme pour beaucoup de lézards, la qualité de l’éclairage UV est primordial (rappel : les UVB permettent la synthèse naturelle de la vitamine D3 qui elle-même permet l’assimilation et la métabolisation du calcium).

L’éclairage général est fourni par des tubes fluorescents, type T8 ou T5HO, plus puissants. On peut aussi utiliser des éclairages LED à condition de vérifier que leur spectre s’approche le plus possible de la lumière du jour, de même pour les fluocompactes. Si vous disposez d’une ampoule à halogénure métallique ou à vapeur de mercure au point chaud, inutile de mettre des tubes fluorescents à UVA et B, des tubes daylight suffisent. Assaisonnez copieusement ! Pour un terrarium de 200x100x100 cm, un seul tube de 120 cm est bien trop peu : on préfèrera 4 tubes T8 ou deux THO puissants (85 W).Une rampe d’halogènes basse-tension, qui chauffent peu, donneront aussi une lumière agréable : tous ces éclairages peuvent être combinés. On peut aussi placer des halogénures métalliques standards (6500°K) de 70 ou 150W mais ces ampoules chauffent, un facteur à prendre en compte.

Chauffage et éclairage sont allumés 12 à 14h par jour. La nuit, les chauffages sont éteints, des températures de 18-22°C conviennent très bien.

Une bonne alimentation.

L’alimentation de V. exanthematicus peut faire l’objet d’âpres discussions entre passionnés. Le régime « tout rongeurs » est souvent décrié, mais le régime « tout insectes » n’est pas forcément vu comme la panacée. Pour des raisons pratiques d’abord : nourrir avec uniquement des insectes un lézard de 80 à 100 cm aussi massif que ce varan est laborieux. D’autant qu’en terrariophilie, seuls les blattes et criquets migrateurs sont à la fois assez grand et assez faciles à se procurer, la variété n’est donc pas au rendez-vous. Certes, dans la nature, il semble que cette espèce soit essentiellement insectivore, mais les données manquent et curieusement, les études sont assez peu nombreuses. De même, en captivité, aucune étude clinique ne s’est encore penchée sur l’impact de tel ou tel régime sur la santé de ces lézards. La cause de de l’obésité et des problèmes de santé divers (maladie métabolique de l’os, problèmes rénaux, goutte…) ne seraient pas uniquement dus à l’alimentation. D’autres facteurs sont mis en cause : le manque d’eau par exemple et donc la déshydratation chronique. L’excès de vitamines a aussi un impact négatif.

Il n’y a pas de recette toute faite, mais on conseillera de varier autant que possible et de donner à la fois des insectes et de vertébrés.  Les rongeurs, c’est comme le beurre en cuisine, il ne faut pas en abuser ! On peut donc donner des souris, ratons et autres vertébrés (poissons, poussins) à raison d’un repas sur deux, sachant qu’on nourrit un adulte deux voire trois fois par semaine. Les autres repas seront constitués d’insectes avec, comme proies les plus appropriées : les criquets migrateurs et les blattes, mais aussi les vers à soie, les hornworms, les lombrics et les escargots. On peut aussi, occasionnellement, donner de morceaux de viande blanche, des œufs (de poule, de pigeon ou de cailles), des crevettes fraiches mais jamais, ô grand jamais, de nourriture pour chiens ou chats ! Les juvéniles seront nourris tous les jours, puis tous les deux jours après un an. On leur donnera surtout des insectes (grillons, teignes de ruche, larves de criquets migrateurs, petites blattes…) et une fois par semaine des souriceaux.
L’autre problème engendrant l’obésité est le sur-nourrissage : inutile de gaver votre varan ! Une grosse souris suffit même s’il en engloutira volontiers trois !

Autre facteur : la sous-stimulation. Un environnement peu stimulant, comme un terrarium décoré uniquement d’une faible couche de copeaux, pas d’abri, un espace trop exigu ou un nourrissage uniquement à base de proies mortes présentées à la pince, ne poussent pas le varan à devenir actif et à dépenser de l’énergie…

En conclusion, c’est un ensemble de facteurs à prendre en compte pour éviter d’avoir un varan à l’abdomen en « poire » et aux bourrelets disgracieux autour du cou. Une ligne svelte, un caractère vif surtout au moment des repas sont des objectifs à rechercher.

Une fois par semaine on ajoute du carbonate de calcium, les vitamines une fois par mois en petite quantité… ou pas du tout ! Certains éleveurs jugent l’ajout de vitamines inutile notamment chez les adultes qui trouvent dans les vertébrés des aliments complets.

Et les jeunes ?

Très souvent ces lézards sont acquis jeunes, mesurant 30-40 cm queue comprise. Ils ont sensiblement les mêmes besoins que les adultes mais leur terrarium sera plus petit. Un juvénile peut ainsi être logé dans un terrarium de 150x60x60 cm, mais il grandira vite et se retrouvera donc rapidement à l’étroit. Côté décoration, on mettra comme pour les adultes une bonne épaisseur de substrat, un abri humide, un autre sec, une grosse souche pour se dégourdir les pattes et quelques tubes de liège à explorer.

Une ampoule à halogénures métalliques pour reptiles (Solar raptor, Bright sun, reptil desert de JBL…) de 50W chauffera le point chaud et fournira des UV. Un ou deux tubes fluorescents fournissent l’éclairage. Un spot classique, infrarouge ou céramique de 60 à 100W branché sur thermostat fournit la température ambiante.

On les nourrira essentiellement d’insectes (grillons, criquets, blattes, teignes de ruche, vers à soie, blattes…), deux fois par mois un gros souriceau sera le bienvenu. L’apport de calcium sera hebdomadaire, les vitamines deux fois par mois avec parcimonie.


http://tiliqua.wifeo.com – Tiliqua, le monde des lézards – ISSN 2118-5492
 



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