Et pourquoi pas l’herpétologie de terrain ?

 
Vincent NOËL
 
La popularisation de la terrariophilie amène aussi certains amateurs à s’intéresser à l’herpétofaune et l’entomofaune locale. Quand on est passionné par ces animaux, en effet, pourquoi s’arrêter aux seuls aspects liés à leur élevage en captivité ? Et pourquoi ne s’intéresser qu’aux espèces exotiques alors que l’exotisme est parfois à notre porte !
 
Le nombre de terrariophiles s’adonnant à l’observation in natura reste cependant limité. Un certain nombre d’entre eux sont en effet des éleveurs « purs et durs », qui s’intéressent avant tout à l’élevage. Beaucoup de terrariophiles sont aussi des citadins, et trouver des Reptiles en plein Paris, ça semble impossible… quoique. Mais surtout, il y a la croyance – erronée – que l’herpétofaune ou l’entomofaune d’Europe de l’ouest est pauvre et sans intérêt et que donc, pour voir des espèces intéressantes il faut forcément allez sous les tropiques, ou les élever en terrarium. Pourtant, ceux qui ont commencé à s’intéresser à l’herpétologie ou l’entomologie de terrain se sont vite pris au jeu et ont constaté que notre pays abrite une biodiversité bien plus riche et complexe qu’on ne le croit d’ordinaire.
 
Autre préjugé, croire que la faune française est scientifiquement connue et archiconnue, qu’il n’y a plus rien à étudier. Même les scientifiques (pas tous) étaient dans cet état d’esprit et se sont détournés de la faune locale, ne rêvant que de déserts et de jungles. Pourtant, depuis quelques décennies déjà, il y a un regain d’intérêt pour l’étude de la faune locale car les scientifiques se sont aperçus qu’il y avait de sérieuses lacunes dans les connaissances et des découvertes inédites à faire : ainsi chaque année, de nouvelles espèces d’insectes, de reptiles ou d’amphibiens sont découvertes en France, les connaissances sur leur répartition et leur écologie sont affinées. Les naturalistes amateurs tiennent leur place dans cette vaste étude, notamment par leur connaissance fine du terrain, par leur nombre et une certaine liberté propre à l’amateur qui n’est pas assujetti aux contraintes administratives, aux cours, aux paperasses comme le sont les chercheurs.
 
Les joies de l’herpétologie de terrain.
 
Concernant l’herpétologie de terrain, elle ne demande pas d’équipement particulier.  Il faut juste aimer crapahuter dans les ronces, attendre sous le soleil que le lézard ressorte de son trou, sortir sous la pluie au printemps par 6°C pour observer les crapauds en migration…  Bon, j’exagère, mais celui qui n’aime pas la marche et le grand air n’y trouvera effectivement pas son compte et préférera la chaleur de sa pièce d’élevage. Mais pour le naturaliste amateur et terrariophile, trouver une couleuvre à collier est aussi gratifiant que de trouver une ponte de Phelsuma. Certains herpétologues amateurs comparent cette passion à la chasse, pacifique bien entendu, où il s’agit de traquer un animal qui ne se montre pas facilement. Car les reptiles et amphibiens ne sont pas toujours des animaux faciles à observer, mis à part des espèces très communes comme le lézard des murailles qui se montre volontiers, d’autres sont particulièrement discrets et il faut un sacré coup d’œil pour les repérer dans la végétation. Les amphibiens eux sont souvent nocturnes et parfois ne sont repérables que par leur chant. Les passionnés de papillons ou de coléoptères rentrent souvent moins frustrés d’une promenade que les herpétologues ! Les naturalistes du sud de la France ayant – en ce qui concerne les reptiles – plus de chance que ceux du nord avec une diversité plus importante.
 
L’herpétologie de terrain est aussi un plaisir des yeux, une limite parfois frustrante pour le terrariophile qui est un « tactile », aimant toucher des animaux, voir – dirons certains – les posséder, se les approprier... Mis à part sur votre rétine ou le capteur de votre appareil photo, il est interdit de capturer un Reptile ou un Amphibien sauvage français. Car ce sont – pour la plupart et à des degrés divers - des espèces protégées, les déranger est interdit tout comme évidement de les tuer (à quelques exceptions près malheureusement).
 
Pour capturer un reptile ou un amphibien autochtone il vous faut des autorisations spécifiques de la DREAL qui sont distribuées au compte-goutte ! Malheureusement, l’engouement pour les serpents et certains documentaires où on voit des serpents être manipulés par le présentateur entre deux « its’a amazing ! », poussent certains amateurs à faire de même. Les herpétologues déplorent ainsi le dérangement fréquent que subissent certaines populations de serpents sur des « spots » bien connus, où des terrariophiles munis de crochets à serpent, viennent pour les « observer », en réalité les capturer. Et même s’ils les relâchent et ne s’en saisissent que le temps d’une photo, un tel dérangement régulier finit par considérablement stresser les animaux et a un impact négatif sur leur survie. La plupart des herpétologues de terrain tiennent leurs « spots » secrets car dans certaines régions, dès qu’ils sont connus, c’est la ruée… voir le pillage pour le trafic illégal à destination de pays comme l’Allemagne ou les pays de l’est où le commerce des espèces européennes est plus facile qu’en France. Un sérieux frein au partage d’une passion !
 
Il ne faut donc surtout pas déranger les animaux dans leur habitat : on touche avec les yeux ! Il existe aujourd’hui des jumelles spécifiques pour observer de près insectes et reptiles sans les déranger (je pense notamment aux Pentax Papilio dont la distance minimale d’observation est de seulement 50 cm) sans oublier l’objectif macro, d’au moins 100, au mieux 150 mm.
 
De la connaissance à la protection.
 
Les herpétologues amateurs ne vivent pas non plus dans le secret absolu ! Ils ont la possibilité de transmettre leurs observations à d’autres naturalistes via des réseaux d’association ou des sites internet de transmission de données. Tous les spécimens croisés sont enregistrés, y compris le très commun lézard des souches ou un simple crapaud commun. Toute donnée à son importance, à condition que l’animal ait été correctement identifié. L’herpétologie de terrain nécessite des connaissances, mais comme pour reconnaître les phases de Python royal, ça s’apprend ! Ces données fournies par des amateurs sont précieuses pour affiner la répartition des espèces et la densité des populations, mais aussi leur évolution dans le temps. Un bon nombre d’espèces de reptiles et amphibiens français sont menacés, presque toutes les espèces affichent un déclin parfois alarmant. Leur protection ne mobilise que peu la population, au contraire, ils sont plus souvent considérés comme des animaux inutiles ou nuisibles.
 
La biodiversité européenne en général est en bien mauvais état, et peu de gens, même passionnés par les animaux, en sont conscients. On se mobilise plus facilement pour les éléphants d’Afrique que les grenouilles rousses ou les hirondelles. Pourtant le constat est rude pour nos pays riches, se disant « sensibles à l’environnement », ont un ministère de l’écologie et signent des accords internationaux souvent après les avoir réduit à l’état de liste de bonnes intentions creuses : 60% des écosystèmes en Europe sont fortement dégradés ; depuis 1950, ce sont 65% des zones humides de France qui ont été asséchées. Selon l’UICN, 23% des amphibiens et 19% des reptiles en France sont menacés. Les chiffres étant plus alarmants pour d’autres groupes d’animaux : 37% des poissons d’eau douce, 44% des mollusques d’eau douce, 13% des oiseaux… Les amateurs ont un  rôle crucial à jouer dans la sauvegarde de notre biodiversité : transmission de données naturalistes, aide aux divers actions de conservation comme les ramassages d’amphibiens lors de la migration ou l’entretien de zones de reproduction ; mais également pédagogique, non seulement au sein d’association mais aussi autour de soi. Nos proches et amis sont souvent intrigués voire fascinés par notre passion, c’est aussi un moyen de plaider la cause de nos animaux préférés, qu’ils viennent des forêts tropicales du Brésil comme de celle de Fontainebleau !

02/12/2013
 



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