Le Lézard tyrrhénien,
Podarcis tiliguerta (Gmelin, 1789)

Vincent Noël
16 janvier 2015.



Photo: Jensd

Le Lézard tyrrhénien est un Lacertidé du genre Podarcis. Il fait partie du groupe baléaro-thyrrhénien (Arnold & Harriss 1999) qui comprend les espèces insulaires de l'ouest de la Méditerranée. Il n’est présent qu’en Corse et en Sardaigne. Les populations de Sardaigne sont génétiquement éloignées de celles de Corse, il pourrait s'agir de deux espèces distinctes.

Le mot tiliguerta vient du nom sarde de ce lézard. Bien que Podarcis soit masculin, le nom spécifique n'est pas masculinisé (même si Lescure et Le Garff proposent Podarcis tiliguertus). Son nom commun, Lézard tyrrhénien fait évidemment référence à la mer tyrrhénienne où se situe la Corse et la Sardaigne.

C'est une espèce complexe qui occupe de nombreux îlots dont certains sont plus petits qu’un terrain de football. De nombreuses sous-espèces ont été décrites, notamment par Lanza et Brizzi dans les années 1970. La plupart sont liées à un habitat micro-insulaire, les populations de l'île principale étant affiliées à P. t. tiliguerta. A noter qu'à cette époque, P. tiliguerta était considéré comme une sous-espèce de P. muralis. Le statut de ces différentes sous-espèces (au nombre de 8 pour la Corse selon Lescure et de Massary 2013) est très discuté, des études récentes ayant tendance çà ne pas les reconnaître comme valides.

Liste des sous-espèces de Corse :

  • P. tiliguerta contii LANZA & BRIZZI 1977 : Île de Pialla Di Cavallo (sud de la Corse)
    P. tiliguerta eiselti (LANZA 1972) : Îles Cerbicale (Sud de la Corse)
    P. tiliguerta granchii LANZA & BRIZZI 1974 : îlots de Poraggia (sud de la Corse)
    P. tiliguerta grandisonae (LANZA 1972) : Îlot de Vacca (près des îles Cerbicale – sud de la Corse)
    P. tiliguerta maresi (LANZA 1972) : Rochers du grand et du petit Toro (1000 et 600 m² seulement !)
    P. tiliguerta pardii LANZA & BRIZZI 1974 : Île de Giraglia (Cap Corse)
    P. tiliguerta rudolphisimonii BRIZZI & LANZA 1975 : Îlots de Macinaggio (Car Corse)
    P. tiliguerta tiliguerta (GMELIN 1789) : Essentiellement la Corse même.

     

P. tiliguerta ranzii et Podarcis tiliguerta toro vivent sur des îlots de Sardaigne.

Podarcis tiliguerta est un petit lézard au corps fin et élancé. La longueur museau cloaque atteint 6 cm, pour une longueur totale d'un vingtaine de centimètres. Sa morphologie est proche de P. muralis. Sa coloration et ses motifs sont très variables d'un individu à l'autre. La coloration de fond est généralement brun clair à blanchâtre mais peut devenir verte ou turquoise chez les mâles. On observe aussi des spécimen au corps brun clair mais à la queue verte ou turquoise. Les flancs et les pattes sont couverts de réticulations noires.

Deux lignes claires longent le bord du dos en partant de l’arrière des yeux. Entre ces deux lignes claires bien marquées, on note chez les femelles deux bandes brun foncé et une claire au milieu du dos avec parfois au centre une très fine ligne sombre souvent discontinue. Chez les mâles c’est plus variable avec au centre des réticulations brunes à noires et deux lignes claires de part et d’autre de la colonne vertébrale. La couverture noire sur le corps est variable selon les individus, en altitude ou sur certains îlots, les lézards peuvent être presque entièrement noirs. Deux ou trois tâches bleues ou blanches sont visibles au niveau des épaules. On note aussi la présence d'écailles bleues en bas des flancs chez les mâles. La plaque massétérique, une grosse écaille circulaire et située derrière l'œil, est grande. Le ventre et la gorge sont blanc à orange voir rouge brique et maculés de tâches nombres, les colorations vives étant plutôt l’apanage des mâles.

On pourrait le confondre avec le Lézard des murailles, Podarcis muralis, sauf que cette espèce est absente de Corse. La différentiation avec les mâles de P. siculus campestris est assez aisée, ceux-ci ont deux larges bandes vertes immaculées sur le dos et des marques noires moins étendues que chez P. tiliguerta. Ça devient plus compliqué avec la sous-espèce P. siculus cetti présente surtout dans les sud de l'île et qui montre aussi des marbrures noires sur le dos. Chez P. s. cetti, les marques noires sont néanmoins moins présentes à l'arrière du corps alors qu'elle recouvre tout le corps de P. tiliguerta. Un des meilleurs indices reste la gorge et les lèvres qui sont immaculées chez P. siculus et tachetées de noir chez P. tiliguerta, et ce, quel que soit le sexe.

Un autre petit lézard endémique de Corse ressemble beaucoup à P. tiliguerta, c'est Archaelocerta bedriagae. Toutefois, outre un corps bien plus aplati que celui du Lézard thyrrénien, le Lézard de Bedriaga se démarque par l'absence de plaque massétérique et un iris de l’œil gris-vert, alors qu'il est jaune-orangé chez P. tiliguerta.

L'espèce est abondante en Corse, aussi facile à observer que peut l’être le Lézard des murailles sur le continent. Il est présent jusqu'à 1800 m d'altitude. On le trouve aussi sur 49 îlots tout autour de l'île. Comme tous les Podarcis, il recherche les milieux ouverts (donc évite les forêts trop épaisses) et surtout les habitats rocheux... ce qui ne ne manque pas sur l'île de beauté! On l'observe effectivement sur les hauteur des rochers, talus et maisons en pierre. Le long du littoral, il entre en concurrence avec P. siculus. Ce dernier est dominant et évince P. tiliguerta, nonobstant, le Lézard tyrrhénien étant plus saxicole, il y a une séparation écologique entre ces deux espèces. P. siculus se retrouve davantage au niveau du sol alors que P. tiliguerta vit sur les rochers bien au-dessus du sol et y passe l'essentiel de son temps. Si P. tiliguerta a disparu des milieux « plats » comme les zone cultivées, les plages, les zones humides, il reste bien présent dans les milieux rocheux et d’altitude que P. siculus n'occupe pas. Des cas d'hybridation avec P. siculus ont été identifiés en 2002 en Sardaigne ; pas en Corse pour l'instant. Il faut dire que l'écologie de P. tiliguerta, en comparaison avec celle P. muralis ou de P. siculus, est peu étudiée.

C'est un lézard agile, diurne , héliophile et insectivore: un vrai Podarcis en somme ! Il se nourrit essentiellement de petits insectes qu'il pioche autour de lui. Les mâles sont bien sûr très territoriaux, néanmoins, quand les zones rocheuses favorables sont isolées, et notamment sur les îlots, la densité de population peut-être très importante : Jusque 10 individus au m² sur certains îlots !

Il reste actif en hiver, mais cette activité décroit avec l'altitude et des températures hivernales plus basses. Les accouplement se déroulent au printemps, d'avril à juin. La femelle dépose jusqu'à une douzaine d’œufs. Les jeunes naissent généralement en août, mesurant 5-6 cm de longueur totale.

Cette espèce n'est pas spécialement menacée, mis à part les populations des petits îlots qui sont parfois isolées depuis très longtemps et qui revêtent un fort intérêt scientifique.

Sources:

fretey J. 1987 Guide des reptiles de France. Hatier.
Lescure J. & De Massary C. 2013. Atlas des Amphibiens et des Reptiles de France. Editions Biotopes.
Lescure J. & Le Garff B. 2006. L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles. Delachaux & Niestlé
Vacher J-P & Geniez M. 2010. Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Editions Biotopes.
Vacher J-P & Thiriez J. 2010. Atlas de répartition des amphibiens et Reptiles d'Alsace. BUFO.
 
Uetz - http://reptile-database.reptarium.cz/
 



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