Lézard des souches.
Lacerta agilis Linné, 1758.



Textes et photos Vincent NOËL

Dernière modification le 29/12/2014

Lacerta agilis est une espèce complexe, qui ne partage pas le goût pour le climat méridional de ses congénères du genre Lacerta. J-P Vacher (2010) dénombre pas moins de 10 sous-espèces, deux seulement sont présentes dans l'hexagone : L. agilis agilis et L. agilis garzoni.


Le lézard des souches est un fort beau lézard au corps plus trapu que celui du lézard des murailles. Morphologiquement, il ressemble au lézard vert (Lacerta bilineata) mais reste très facile à différentier de son grand cousin. D'une part, il est plus petit : environ 20-22 cm de longueur totale (LMC = 6-7 cm), exceptionnellement 24-25cm (LMC = 9 cm) alors que le lézard vert mesure 30 à 40 cm (LMC = 11-13 cm).


Certes, les mâles sont verts sur les flancs et le côté de la tête, mais alors que le lézard vert est entièrement vert, le lézard des souches se reconnaît à la bande brune, marquée d'ocelles noires et bordée de deux lignes blanches parcourant le dos et la queue qui est entièrement brune. Le dessus de la tête est brun, les pattes postérieures sont généralement brune avec des ocelles et tâches blanches. Les flancs sont marqués par des ocelles, plus discrètes chez les mâles et pouvant même disparaître, remplacées par de petites tâches irrégulières noires. La gorge des mâles ne prend jamais la teinte bleue de certains mâles Lézards verts en période de reproduction.


Les mâles peuvent néanmoins être confondus avec certains juvéniles de Lacerta bilineata. Quelques détails permettent la différentiation. D'abord au niveau de l'écaillure, le Lézard des souches n'a qu'une écaille post-nasale (2 pour le Lézard vert) et sa rostrale n'est pas en contact avec la narine : ce critère vaut d'ailleurs aussi pour les adultes. Autres détails liés à la coloration (et plus simples à observer) : le ventre qui est moucheté de noir chez L. agilis et immaculé chez L. bilineata. La délimitation entre la bande brune sur le dos et les flancs vert est moins nette chez le jeune lézard vert et exempt d'ocelles noires (même si ces dernières ne sont pas toujours présentes chez tous les mâles L. agilis). Les juvéniles de Lacerta bilineata sont facile à différencier d'un jeune Lézard des souches, car ce dernier arbore des ocelles noires centrées de blanc typiques.


Les femelles sont entièrement brunes, le dos porte la même bande que chez les mâles, et les flancs des ocelles noires centrées de blanc. Le ventre des deux sexes est généralement blanc à beige mais peut tendre vers le vert. Les femelles peuvent être confondues avec les mâles Lézard vivipare (Zootoca vivipara), toutefois, chez ce dernier, la corpulence est plus élancée, la tête est plus petite et les marques noires sur le dos sont plus réduites.


Comme chez beaucoup de lacertidés de nos régions, on note un certain polymorphisme individuel et saisonnier au niveau de la teinte et des motifs. Chez certains mâles, le vert peut « conquérir » le dessus de la tête et une partie du dos même si c'est assez rare. Les lignes et ocelles sombres sont néanmoins toujours bien visibles.
 

Sa répartition globale est très vaste, il est présent dans toute l'Europe centrale une grande partie de la Russie et jusqu'au nord-ouest de la Chine. Sa distribution est proche de celle du lézard vivipare quoiqu'un peu moins étendue et moins nordique même s'il atteint le 60° parallèle nord. Il est absent du bassin méditerranéen.


Dans de nombreux pays d’Europe L. agilis est menacé, il fait l’objet de divers plans d’action et niveau de protection. Au Royaume-Uni par exemple, c’est une espèce très rare, présente uniquement à l’extrême sud-est de l’Angleterre et un des reptiles les plus menacés du pays. Il se raréfie en raison des remembrements pour l’agriculture intensive faisant disparaître les haies qu’il affectionne. En France, L. a. garzoni est une sous-espèce rare et menacée.


L. agilis est inégalement abondant sur le territoire français, atteignant sa limite de répartition occidentale dans notre pays : il est commun dans le nord-est et dans le Massif Central, moins abondant dans le centre, l'Ile de France et la Somme, rare dans les Alpes et absent dans l'ouest et le midi. Il marque un déclin dans certaines régions de France notamment aux limites ouest de sa répartition et a disparu de régions comme la Normandie. La sous-espèce L. a. garzoni n'est présente que dans les Pyrénées orientales, on la trouve à l'ouest du département, entre 1200 et 2200 m d'altitude. Elle est géographiquement séparée de la sous-espèce nominale, les deux ne cohabitant donc pas.


L'espèce était sans doute plus largement répartie autrefois. La carte du site de l'inventaire du patrimoine naturel montre des données anciennes (issues de l'archéologie) sur presque toute la France : http://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/77600/tab/archeo


Dans le nord-est de la France c’est une espèce plutôt de basse altitude. En Alsace par exemple, il devient plus rare à partir de 300-400 m et disparaît au-delà de 800 m. Dans le massif central il a été observé jusqu’à 1360 m. Dans la partie sud de son aire de répartition il est présent jusqu’à 2330 m au sud des Alpes.

Il apprécie les terrains ouverts où le soleil atteint le sol mais bien pourvus en végétation dans laquelle il se réfugie. Il s’expose au soleil à même le sol ou sur un promontoire peu élevé et entouré de végétation : buissons, herbes hautes ou ronces. Son terrier ou autre abri n'est généralement pas loin. Il ne s’expose pas aussi visiblement que le lézard des murailles et grimpe rarement haut sur les rochers et les talus, préférant leur base. Il apprécie les abords des bois et forêts, les bords des chemins, les haies, les clairières et les zones fraîchement défrichées, les pelouses sèches, les coteaux calcaires, les landes ainsi que les milieux humides et peut-être observé sur les rives d'un ruisseau ou d'un étang. En général, il passe assez inaperçu, bien camouflé dans la végétation et on ne détecte sa présence qu'au dernier moment quand on marche à proximité de lui et qu'il s'enfuit dans la végétation de manière peu discrète ! Mais repéré de loin, il est facile à observer si l'approche est lente.

 Ce lézard est actif tôt au printemps, il s'expose alors longuement au soleil. La période des accouplements est la plus propice à l'observation (avril-mai-juin). Le mâle reste quelques heures à quelques jours près de la femelle avec laquelle il s'est accouplé, sans doute pour empêcher d’autres mâles de venir s’accoupler et ainsi garantir l’exclusivité à ses gènes (mate guarding). Il n'est donc pas rare de voir des couples se réchauffer au soleil l'un contre l'autre. Par la suite on observe souvent des femelles en train de d'ensoleiller dont le ventre rebondit par les œufs qu'elle ne va pas tarder à pondre. Elle en pond entre 5 et 14, généralement faiblement enterrés dans le substrat meuble, sous des pierres ou sous des souches. Ils mesurent de moins d'un centimètre et demi de long mais gonflent au fil de l'incubation.

Dans de bonnes conditions de température (entre 26 et 28°C), l’incubation peut ne durer qu'un mois car la femelle conserve les œufs dans ses oviductes plus longtemps que beaucoup d’autres lézards ovipares. C'est là une adaptation qui permet à cette espèce de vivre dans des zones à la saison chaude très courte, la femelle pouvant en partie contrôler la température d’incubation des œufs en s’exposant volontairement au soleil et faisant ainsi profiter ses œufs de la chaleur. Le développement embryonnaire est alors déjà bien avancé lorsqu'elle pond. C’est un mode de reproduction intermédiaire entre l’oviparité classique et la viviparité.


Les jeunes entre 4,5 et 6,5 cm de longueur totale. Au printemps on observe souvent les jeunes de l'année passée au bord des chemins, ils s'exposent plus que les adultes mais sont aussi bien plus nerveux.


Le lézard des souches est essentiellement insectivore. Il cherche des arthropodes et gastéropodes au niveau du sol. Il peut se montrer être un chasseur actif, utilisant beaucoup sa langue pour piéger des traces odorantes laissées par les proies et les transmettre à l’organe de Jacobson situé sur le palais (vomérolfaction).



Mâle en thermorégulation au bord de l'étang du Staedli (Roeschwoog 67)



Photo:  Subadulte juin 2012 (Pfaffenhoffen 67)

Mâle à la coloration plus sombre, photographié en août au bord d'un étang.


Femelle profitant d'une trouée au bord d'un chemin forestier... Le mâle n'est pas loin (photo suivante).



Il porte bien son nom de Lézard des souches! (C'est un mâle mais maintenant vous savez faire la différence)


Jeuen qui se thermorégule sur un mouchoir en papier abandonné!


Mâle en thermorégulation sur un piquet au bord d'un pré.

Sources:

Vacher J-P & Geniez M. 2010. Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Editions Biotopes.

Vacher J-P & Thiriez J. 2010 Atlas de répartition des amphibiens et Reptiles d'Alsace.




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