Qu'est-ce qu'un lézard?


Texte et photos : Vincent NOËL

Dernière mise à jour le 12 janvier 2015.


De prime abord, on pourrait définir un lézard comme un animal au corps élancé, possédant une longue queue fine et quatre pattes... Mais attention, c'est un piège car beaucoup de gens assimilent par exemple tritons et salamandres aux lézards ; et les lézards sans pattes comme l'orvet, aux serpents. Tritons et salamandres ne sont pas des lézards, ce sont des amphibiens, comme les grenouilles et les crapauds (même si au début du XIXème siècle reptiles et amphibiens étaient mélangés dans un même groupe zoologique). Les lézards en revanche sont des reptiles comme les serpents, les tortues et les crocodiles mais aussi les oiseaux ! Oui, en tant que descendants directs de certains dinosaures, les oiseaux ne sont plus aujourd'hui considérés comme une classe à part entière, ils sont intégrés avec les reptiles dans la classe des Sauropsides malgré qu'ils soient physiquement très éloigné des reptiles.

 

Qu'est-ce qui distingue un triton ou une salamandre d'un lézard? 

 

Les lézards, comme les serpents, tortues et crocodiles, ont le corps couvert d'écailles alors que les amphibiens comme les tritons et les salamandres sont couverts d'une peau très fine, non écailleuse et enduite d'un liquide qui les préserve de la dessiccation. La peau des reptiles est totalement sèche, elle ne secrète aucun liquide contrairement à celle de l'Homme qui transpire et qui sécrète du sebum (les reptiles possèdent aussi des glandes sébacées mais en très petit nombre par rapport à l'Homme et elles sont peu actives). Dire que la peau des reptiles est gluante est donc totalement faux. Les écailles sont constituées de kératine, la même matière que nos ongles. Si vous arrivez à toucher vos ongles sans ressentir de dégout, vous pouvez caresser un serpent ou un lézard ! Cette écaillure est une protection efficace notamment contre la déshydratation, permettant aux reptiles de rester actifs même s'il fait chaud et sec alors que les amphibiens ont besoin d'humidité.

 

Les reptiles font partie d'un groupe de vertébrés nommé les amniotes dont font aussi partie les mammifères et les oiseaux mais pas les amphibiens. Chez les amniotes, l'oeuf possède un amnios (ou liquide amniotique) dans lequel se développe l'embryon jusqu'à la fin de son développement et qui sert de protection, de réserve de nourriture voire permet des échanges de nutriments avec le corps maternel (mammifères et certains lézards). Chez les amphibiens, les œufs n'ont pas de coquille protectrice ni d'amnios, l'embryon ne se développe que jusqu'aux premiers stades, puis s'extrait de l'oeuf sous forme de larves (les têtards) qui vont se métamorphoser. Le têtard doit vivre obligatoirement dans l'eau, il possède souvent des branchies et est très différent des adultes. Les jeunes lézards, comme tous les reptiles, sortent de l'oeuf totalement formés et indépendants. L'oeuf est déposé hors de l'eau, soit dans un terrier, soit sous une pierre ou parfois à l'air libre ce qui permet aux reptiles d'être totalement indépendants du milieu aquatique; d'ailleurs, si on plonge un oeuf de reptile dans l'eau, l'embryon est condamné. La coquille est calcifiée, elle est rigide chez la plupart des lézards un peu comme celle d'un oeuf d'oiseau mais beaucoup plus fine et fragile. Chez les serpents par contre, la coquille est souple.

Classification des lézards: les sauriens n'existent plus.


Les lézards sont donc des reptiles (classe des sauropsides). Ils font partie de l'ordre des squamates, en compagnie des serpents. On compte plus de 9 900 espèces de squamates, ils représentent 95% des reptiles non aviens. Cet ordre a longtemps été découpé en 3 sous-ordres: les ophidiens (ou Serpents), les Amphisbéniens (squamates apodes tantôt considéré proches de serpents, tantôt des lézards) et les Sauriens (ou lézards). Toutefois, depuis quelques décennies déjà, la classification des reptiles a subit d'importantes mutation avec l'avènement de la phylogénétique (et notamment la méthode cladistique) qui ne forme plus des groupes d'animaux uniquement selon leurs ressemblances morphologiques ou anatomiques mais selon leurs liens de parenté et leur histoire évolutive. Il y a ainsi eu beaucoup de changements ces trente dernières années. Depuis les années 1980, le sous-ordre des sauriens n'est plus conforme aux principes cladistes car les sauriens ne descendent pas d'un seul et même ancêtre commun, ils représentent plusieurs lignées évolutives artificiellement amalgamées dans un groupe : une espèce de "famille recomposée" avec des membres sans lien de parenté assez proches. En 2005 et 2009, Nicolas Vidal et Blair S. Hedge ont mené de vaste études génétiques sur les squamates pour mettre en évidence leurs liens de parenté modifiant profondemment leur classification.

L'ordre des squamates est aujourd'hui scindé en 5 grands groupes :

  • Les toxicofères où l'on trouve un très grand nombre de familles comme les iguanes, les caméléons, les varans mais aussi les serpents

  • Les scincomorphes (Scinques, Cordyles, Gerrhosaures...)

  • Les gekkotiens (Geckos et Pygopodes)

  • Les latérates (lacertidés, tégus, amphisbènes)
     

  • Les dibamiens représentés par une seule famille, les Dibamidés avec seulement 23 espèces, qui est le groupe frère des gekkotiens.


Dans l'absolu on ne devrait plus scinder les serpents des lézards de façon radicale comme le fait ce site qui est dédié aux lézards et ne parle pas de serpents, le groupe des "sauriens" ne représentant pas une lignée évolutive unique où les lézards seraient tous proches parenst et les serpents des parents plus éloignés. En effet, un varan a des liens de parenté plus proches avec un serpent qu'avec un lézard des murailles ou un gecko. Le choix de ce site peut paraître "passéiste", mais il est d'une part pratique : les serpents représentent un groupe très complexe de plusieurs milliers d'espèces... déjà qu'il faudra sans doute des années pour traiter de toutes les familles de lézards, il en faudrait le double pour les serpents! Et puis, l'entité « lézard » reste quelque chose d'identifiable, ce sont tous les squamates sauf les serpents, et il peut parfaitement se défendre dans l'usage courant tout comme on parle de reptiles non aviens pour parler des sauropsides sauf les oiseaux. L'histoire culturelle reste importante et il faut la défendre au risque de transformer les sciences naturelles en un jargon indigeste et changeant qui dégouterait tout néophyte. Il faut défendre le mot « reptile » dans son sens historique du terme, différent de sauropsides, tout comme le terme « lézard » ou « sauriens » comme ayant encore un sens vernaculaire. D'ailleurs, la science ne s'est pas affranchie de son héritage historique : l'herpétologie est la science qui étudie les reptiles (non aviens) et les amphibiens alors que cela fait plus d'un siècle que ce sont deux classes à part. De même, la fusion des oiseaux et des reptiles au sein d'une même classe n'a pas fait fusionner les deux disciplines que sont l'herpétologie et l'ornithologie. Cette dernière qui étudie les oiseaux, a conservé sont identité.  

Au sein de ces sous-ordres on trouve des familles (entre ces rangs il peut y avoir des infra-ordres et des super-familles même si ces rangs tendent à disparaître avec la cladistique). Certaines familles sont faciles à identifier comme celle des chamaeleonidés qui regroupe les caméléons ou les varanidés qui regroupe les varans. D'autres familles sont moins connues voire totalement mystérieuses (avez-vous déjà entendu parler des gymnhophtalmidés, xantusiidés et autres pygopodidés?). Certaines familles restent également méconnues de la science, on sait alors très peu de choses sur leur mode de vie, en particulier les espèces fouisseuses comme les amphisbenidés ou les dibamidés. La phylogénétique met a mal les rangs comme les ordres mais elle maintient en général les familles car ce sont souvent des groupes cohérents du point de vue des liens de parenté, même si là encore il y a de nombreuses réformes et de nombreux débats.

 

 

Photo: Varanus komodoensis: Classe des sauropsides, sous-classe des diapsides, infra-classe des lépidosauriens, sous-ordre des anguimorphes, famille des Varanidés.

Les lézards sont-ils les descendants des dinosaures ?

Pas mal de gens pensent que les lézards sont des dinosaures qui ont survécu à la grande extinction crétacé-tertiaire il y a 66 millions d'années. Le terme « dinosaures » est souvent utilisé pour des lézards à l'aspect dit « préhistorique ». Le mot « sauriens » vient du grec ancien « sauria » qui signifie « lézard ». Le terme « dinosaures » inventé par le paléontologue britannique Richard Owen en 1842, signifie « terribles lézards », mais les dinosaures n'ont rien à voir avec les « sauriens », les véritables lézards. Les dinosaures sont des archosauriens, les formes vivantes actuelles de ce groupe sont les crocodiles et les oiseaux. Les squamates, eux, font partie du groupe des lépidosauriens. Ce sont deux lignées de reptiles qui se sont séparées il y a 250 millions d'années et ont évolué chacune de leur côté. Les Iguanes, varans et autres lézards à l'allure impressionnante ne sont donc pas les descendants des dinosaures, encore moins des « fossiles vivants ». Ce dernier terme est d'ailleurs très peu apprécié des zoologistes ou des paléontologues car il laisse croire que l'évolution s'est arrêtée pour certaines formes dites primitives dès lors qu'un modèle « plus moderne » est apparu, ce qui est totalement faux. Les squamates sont apparus il y a 220 millions d'années, ils n'ont jamais cessé d'évoluer depuis et ils évoluent encore aujourd'hui comme tous les êtres vivants, en aucun cas ils ne sont à considérer comme des êtres figé dans leur "primitivité", des "êtres inférieurs" dans un monde soit disant dominé par les mammifères. Les reptiles sont un groupe extremement diversifié, adaptés au monde actuel, tout à fait "modernes". Ils ont conquis tous les milieux du globe et même en excluant les oiseaux, on compte plus de 10 000 espèces de reptiles, deux fois plus que de mammifères... Si on inclue les oiseaux, la lignée des sauropsides commprend 20 000 espèces: pas mal pour des reliques ! La plupart des espèces d'aujourd'hui sont apparues il y a quelques millions d'années, certaines ne sont pas plus anciennes que la lignée Homo... Aucune espèce vivant aujourd'hui, pas même l'Iguane des Galapagos, n'existait au "temps des dinosaures". L'expression "fossile vivant" est davantage liée à la rareté ou l'allure étrange d'un lézard comme l'Iguane des Galapagos qu'à une grande ancienneté. C'est une interprétation purement anthropomorphique assimilant « monstre » à «antédiluvien ».

 Photo: Les crocodiles sont des archosaures, ce ne sont pas des lézards « géants », ils sont plus proches des dinosaures et des oiseaux que des serpents et lézards. (photo prise à la ferme aux crocodiles).

Une morphologie complexe et très variée:

Il existe une immense variété de lézards autant en morphologie qu'en taille. Si la majorité sont de petites espèces de moins de 30 cm, certains sont des géants comme le varan de Komodo ou le varan crocodile (Varanus salvadorii) qui peuvent atteindre 3 m. La majorité des varans mesurent néanmoins moins d'un mètre vingt. Les tégus, qui ressemblent aux varans mais ne vivent que sur le continent américain, peuvent aussi dépasser un mètre mais là encore la majorité des espèces sont de petite taille. Rares sont les autres espèces dépassant un mètre, on peut citer le Sheltopusik, un lézard sans pattes, cousin de l'Orvet qui vit au sud-est de l'Europe et en Asie mineure et qui peut atteindre 120 cm ou encore deux espèces d'agames comme l'Hydrosaure et le dragon d'eau (Physignathus cocincinus) ainsi que les grands iguanes. Parmi les plus petits lézards on trouve certains caméléons des genres  Brookesia (Madagascar) ou Rampholeon (Afrique) qui peuvent mesurer moins de 3 cm. Certaines espèces de geckos sont également très petites, par exemple les Sphaerodactylus qui ne dépassent pas 2 cm.

Certains lézards ont un corps cylindrique, lisse, sans crêtes ni épines alors que d'autres arborent d'impressionnantes excroissances de toutes sortes: voilures sur le dos, crêtes sur la tête, fanons gulaires, cornes ou épines sur tout le corps. Avoir des pattes n'est pas une condition nécessaire pour être un lézard car il y a également des lézards apodes comme le célèbre orvet. La perte des pattes est un phénomène courant, on le rencontre chez d'autres familles (dibamidés, amphisbènes, certains scincidés...) et bien sûr chez les serpents.

 

 

Photo: Le scheltopusik (Pseudopus apodus) est un lézard apode.

 

Où vivent les lézards?

Ils ont conquis à peu-près tous les milieux sauf le milieu marin (à une exception près, celle de l'Iguane marin des Galapagos). Il n'existe néanmoins aucun lézard strictement aquatique c'est à dire ne vivant que dans l'eau comme c'est le cas de certaines tortues voire même de quelques rares serpents (Erpeton tentaculatum, hydrophiidés). On les rencontre sur tous les continents hormis l'Antarctique et plus généralement les zones polaires. Seul le lézard vivipare (Zootoca vivipara) est présent au-dessus du cercle polaire arctique. Les lézards sont des animaux ectothermes comme tous les reptiles : ils ne peuvent pas produire eux-même de la chaleur et la puisent dans leur environnement. Mais cela ne veut pas dire qu'ils sont froids, car leur métabolisme ne fonctionne qu'à une certaine température qui se situe entre 25 et 35°C selon le climat d'origine. Certains lézards de milieux désertiques comme les  Uromastyx ou les Chuckwallas sont encore actifs à une température corporelle supérieure à 40°C, ce qui clouerait un humain au lit ! Le terme « sang froid » est donc très trompeur. Hormis les mammifères et les oiseaux, tous les animaux sont ectothermes, et parmi ces animaux, les reptiles sont ceux qui ont le plus besoin de chaleur. Si un amphibien comme le crapaud commun peut se déplacer et s'accoupler à une température de 6°C ou un brochet être actif sous la glace, un lézard ou un serpent seront totalement léthargiques, il leurui faudra une température plus élevée pour que leur métabolisme se mette en route.

Le comportement qui consiste à changer de lieu pour réguler sa température interne se nomme la thermorégulation. Les lézards passent beaucoup de temps à pratiquer la thermorégulation surtout les espèces diurnes. Souvent, le matin ils s'exposent au soleil pour faire monter la température du corps rapidement au-dessus de la température ambiante. Dans les pays tempérés ou les régions arides qui peuvent être froides la nuit c'est particulièrement important. La coloration des lézards peut ainsi varier, elle est plus sombre pour capter un maximum de chaleur puis s'éclaircie une fois que le corps est chaud. Quasiment tous les lézards peuvent changer de couleur, mais l'intensité de ces changements et leur rapidité est très variable. Elle est par exemple discrète chez les lézards de nos campagnes comme le lézard vert ou le lézard des murailles, mais très rapide et intense chez les caméléons ou l'Anolis vert.

Une fois leur corps bien chaud, ils se nourrissent ou vaquent à d'autres occupations comme chercher un partenaire pour s'accoupler, défendre son territoire... Il y a deux types de « chasseurs »: les chasseurs à l'affut qui attendent sur leur rocher ou leur branche qu'un insecte se présente à leur portée ou les maraudeurs qui arpentent un territoire plus large et dénichent leur nourriture. Les maraudeurs ont développé ce que l'on nomme la vomérolfaction, c'est à dire l'utilisation de la langue comme auxiliaire de l'odorat qui capture les odeurs et les transmet à l'organe de Jacobson comme le font les serpents avec leur langue fourchue (qui ne pique pas bien sur). D'ailleurs, la langue fourchue n'est pas exclusivement réservée aux serpents, les varans, tégus, hélodermes et certains anguidés comme l'orvet en possèdent aussi une.

Une fois rassasiés, les lézards vont alterner entre exposition à la chaleur ou recherche de la fraîcheur d'un abri : dans un terrier, sous une souche ou une pierre. La thermorégulation permet aux lézards de maintenir une température corporelle optimale selon leurs besoins, et ce très précisément. Quand il fait froid, leur corps dépense très peu d'énergie. Par mauvais temps, ils peuvent ainsi rester plusieurs jours dans leur abri ou tout un hiver sans se nourrir ni perdre trop de poids, leurs fonctions vitales étant très ralenties.  

En terrariophilie un des points important est de chauffer le terrarium mais pas uniformément. Il faut aménager des « gradients thermiques » pour que les lézards régulent leur température soit en se chauffant sous un spot soit en se réfugiant dans une partie non chauffée du terrarium.

Beaucoup de lézards possèdent ce que l'on nomme un « troisième oeil », en fait il s'agit de l'oeil pinéal qui a une structure proche de l'oeil mais qui a perdu toute fonction visuelle. Il est situé sous les écailles du crâne, au niveau du front et fait office de thermomètre. Il est relié à l'épiphyse ou glande pinéale que l'on retrouve aussi chez les mammifères. Chez certaines espèces on peut facilement voire l'écaille pinéale qui indique l'emplacement de cet « oeil » minuscule.

Ovipares et vivipares:

Si la majorité des lézards pondent des oeufs, certains sont vivipares, ils mettent au monde des jeunes formés, la femelle sert d'incubateur vivant... C'est le cas de l'orvet ou du lézard vivipare mais aussi de 45% des scinques, de certains caméléons, de quelques iguaniens (Phrynosomatidés, certains tropiduridés), des cordylidés, quelques rares geckos... Bref, la viviparité est apparue dans différents groupes sans liens de parenté directs, mais il ne s'agit pas d'un stade intermédiaire à la viviparité des mammifères car les squamates ne sont pas les ancêtres des mammifères ! Comme pour la perte des pattes, la viviparité n'est pas un phénomène si complexe d'un point de vue génétique et peut même être réversible. Chez certaines espèces de lézards, les populations de plaine sont ovipares et celle de montagne sont vivipares. Il y a différents degrés de viviparité. Une viviparité simple où les oeufs sont identiques à ceux des espèces ovipares mais la coquille est remplacée par une membrane fine (on nomme aussi cela ovoviviparité). Entre le corps de la femelle et l'embryon les échanges sont très limités, uniquement de l'eau et des gazs dissouts (oxygène, dioxide de carbone...). Mais chez certaines espèces l'embryon puise également des nutriments fournis par sa mère, le vitellus (le "jaune d'oeuf") qui nourrit entièrement l'embryon dans le cas des ovipares et de la viviparité simple, est plus ou moins réduit.

Que mangent-ils?

Presque tous les lézards sont carnivores: les petits se nourrissent généralement d'insectes et les plus grands de vertébrés. Il y a quelques spécialistes alimentaires comme le scinque mangeur d'escargots (Cyclodomorphus gerrardi) qui ne se nourrit que d'escargots. Le Moloch (Moloch horridus), au corps couvert d'impressionnantes épines, ne se nourrit que de fourmis.

Enfin, quelques espèces sont végétariennes : Les iguanes par exemple, mais aussi les fouette-queue (Uromastyx spp.) qui vivent dans les zones arides d'Afrique du nord, les Phymaturus qui vivent en Patagonie ou dans les Andes, le scinque géant des îles Salomon (Corucia zebrata)...

De nombreuses espèces insulaires ont adopté un régime végétarien ou omnivore avec une dominante végétarienne, car les ressources en insectes sont réduites. Par exemple, les lézards ocellés (Timon lepidus) de l'île d'Oléron se nourrissent abondamment de baies en été. Ce sont souvent de grandes espèces qui deviennent omnivores car d'une part, elles sont défavorisées par rapport aux petites espèces dans la chasse aux petits insectes, de plus, vue leur taille, il leur faut manger une plus grande quantité de proies alors que les ressources sont limitées. Etre un gros lézard apporte aussi des avantages dans la digestion difficile des végétaux car les sucs gastriques ne peuvent pas digérer la cellulose, ce sont les bactéries et la microfaune (vers nématoodes par exemple) vivants dans le colon qui s'en chargent. Un grand lézard a un intestin plus long et emmagasine mieux la chaleur, ce qui permet à la flore et la faune intestinale de travailler plus longtemps. Les lézards strictement végétariens comme l'Iguane vert ou le fouette-queue ont un système digestif totalement adapté à la digestion de la cellulose avec un colon très développé.

Le végétarisme chez les lézards reste minoritaire de même que les espèces se nourrissant de vertébrés. En captivité, beaucoup de terrariophiles ont trop tendance à nourrir des lézards de taille moyenne voire même de grande taille comme le dragon d'eau (Physignathus cocincinus) ou le varan des savanes (Varanus exanthematicus) avec des souriceaux ou des ratons. Toutefois, dans la nature ce sont des lézards essentiellement insectivores. Les souriceaux sont une nourriture très riche et nourrir des insectivores en majorité de petits rongeurs c'est manger des super-mac-big-burger tous les jours: les gens se retrouvent avec des lézards obèses ou qui développent de sérieux problèmes de foie... Mais le pire reste la nourriture pour chiens qui est parfois donnée à certains lézards friands de cette nourriture qui n'a rien à voir avec leur régime alimentaire naturel !

 

 

Photo: Cyclura cornuta mangeant des végétaux.

Pas si bêtes!

Les lézards ont développé différents comportements sociaux souvent axés sur l'utilisation du territoire et la place de chaque sexe. Beaucoup d'espèces (notamment chez les Iguaniens) vivent en harem : un mâle possède un territoire où vivent plusieurs femelles ; d'autres sont solitaires. Les mâles sont territoriaux et lorsqu'ils se croisent, ils peuvent se battre violemment. Certains caméléons comme le caméléon de Jackson (Chamaeleo jacksoni) possèdent des cornes très développées chez les mâles. Deux rivaux se croisant joutent sur leur branche face à face jusqu'à ce que l'un d'eux soit déstabilisé et capitule. Chez les varans, les combats ressemblent à de la lutte grecquo-romaine, les lutteurs se dressent sur leurs pattes postérieures et se jettent dans les bras l'un de l'autre. Pour d'autres espèces enfin c'est bien plus simple: on se mord et on secoue la tête violemment ! Le combat n'est toutefois pas systématique, l'intimidation est également utilisée: perché sur le point le plus haut de son territoire, agitant la tête et gonflant sont corps, le mâle annonce aux mâles de environs que c'est lui le « boss » ici ! Mais n'allez pas croire que ces lézards sont de vulgaires machos, car ces demoiselles prennent quand même soin de ne s'intéresser qu'aux plus beaux et brillamment colorés d'entre eux ! Chez certaines familles il y a une différence de taille assez notable entre mâles et femelles ou la présence de ce que l'on nomme les pores fémoraux ou cloaquaux, de petits appendices sous les cuisses ou près du cloaque. Le dimorphisme sexuel n'est cependant pas systématique dans toutes les familles de lézards : chez les scinques ou les varans, rien ne distingue extérieurement un mâle d'une femelle, la reconnaissance des sexes entre eux se fait à l'odorat, via les phéromones.

Si la plupart des lézards ont des comportements sociaux très basiques voire inexistants, certaines espèces ont montré des comportements plus complexes qu'il n'y paraît, vivants en cellules familiales socialisées et codifiées. En général, les lézards abandonnent leurs pontes, mais quelques espèces gardent leurs oeufs et les défendent, d'autres enfin, mais c'est très rare, s'occupent des jeunes notamment le scinque géant des îles Salomon (Corucia zebrata). On a aussi observé des comportements monogames, les couples restant fidèles au fil des années comme chez le scinque pomme de pin (Tiliqua rugosa).

On commence à peine à connaître les capacités cognitives des reptiles, auparavant jugés comme très "bêtes" et donc jamais testés. Pourtant, certaines expériences montrent que les lézards notamment peuvent montrer des comportements d'apprentissage et de déduction proche des oiseaux (par exemple reconnaître où est la nourriture et trouver le moyen d'y accéder en retirant un couvercle).

 

Photo:  Corucia zebrata


Pour en savoir plus sur la classification et la grande diversité des lézards, n'hésitez pas, cliquez ici.

Bibliographie:

  • Köhler G. 2005. Incubation of Reptiles eggs. Krieger publishing.

  • Pianka E. R. & L. J. Vitt. 2003. Lizards, windows to the evolution of diversity. Univeristy of California Press.

  • Vacher J-P & M. Geniez – 2010 – Les reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Ed. Biotopes.

  • Vidal N. et B. S. Hedge – 2009 - The molecular evolutionary tree of lizards, snakes, and amphisbaenians. Comptes Rendus Biologies Vol 332, n° 2-3.

  • Zug G. 1993 Herpetology. Academic Press.

 

Vous pouvez librement diffuser ou reproduire cet article à condition de le copier en entier, de préserver les références aux auteurs des textes et photos et d'indiquer la source : http://tiliqua.wifeo.com

ISSN 2118-5492




Créé avec Créer un site
Créer un site