Tiliqua gigas - le scinque à langue bleue d'Indonésie
et de Nouvelle-Guinée


Famille des scincidés.
Genre Tiliqua Gray, 1825
Décrit par Schneider en 1801 sous Scincus gigas.

Tiliqua gigas est réparti en 3 sous-espèces :
  •         Tiliqua gigas gigas (Schneider, 1801)
  •         Tiliqua gigas evanescens Shea, 2000
  •        Tiliqua gigas keyensis (Oudemans, 1894)



I: Description.

Les scinques du genre Tiliqua sont des lézards de forte corpulence, possédant de petites pattes aux doigts très courts (5 doigts). La queue est généralement courte mais épaisse sauf chez T. gigas où elle est plus longue. La tête triangulaire et massive. Ils possèdent une grande langue bleue qui entièrement déployée peut occuper une surface aussi grande que la tête.

Tiliqua gigas et Tiliqua scincoides sont les deux espèces plus répandues en captivité. Il y a parfois confusion entre ces deux espèces ainsi qu'avec Tiliqua sp. Irian Jaya, une espèce non décrite est souvent nommée Tiliqua scincoides ssp, Irian Jaya, or certains herpétologues la considèrent – malgré une certaine ressemblance avec T. scincoides – comme une sous-espèce de T. gigas. Quoiqu'il en soit, ces trois espèces et leurs sous-espèces sont très souvent mal identifiées, parfois vendues sous le nom de T. scincoides et croisées entre elles. Le nombre d'hybrides est malheureusement important et passent totalement inaperçus car ces croisements ne sont pas volontaires mais dus à l'ignorance des différents taxons de ce groupe de scinques à langue bleue. Il est important de se méfier des étiquettes et de vérifier l'identité réelle des spécimens qu'on acquière et évidemment de ne pas hybrider les espèces et sous-espèces entre elles. Voir l'article consacré aux confusions: Cliquez ici.

T. gigas se démarque de T. scincoides par une queue plus longue (qui représente 80-95% de la longueur museau cloaque), le dos est couvert de bandes transversales (plus fines que chez T. scincoides), une seule ligne sombre le long de la nuque et des pattes avants maculées de noir comme les pattes arrières. L’arrière de la langue de T. gigas est rose alors que chez T. scincoides elle est entièrement bleue. Cette espèce mesure entre 50 et 60 cm de longueur totale. La coloration générale est gris à jaune sable, voire brun chez T. g. keyensis. Le dos vire parfois au jaune surtout chez T. g. gigas.

La distinction des sous-espèces n’est pas toujours évidente car il y a une forte variabilité entre individus et entre populations.
  •          T. g. gigas : Les bandes dorsales sont noires et assez rapprochées, les flancs sont abondamment marqués de noir, des marques noires sont aussi présentes sur le ventre, ainsi que fréquemment, des taches noires sur la gorge. Les bandes de la queue sont diffuses.
  •          T. g . evanescens : Les bandes dorsales brunes à noires sont souvent plus espacées, les flancs et le ventre est peu marqué de noir voire immaculé. Les pattes antérieures et postérieures sont marquées de noir mais ils ont rarement les pattes entièrement noires comme ça arrive souvent chez T. g. gigas.
  •        T. g. keyensis est très atypique, si les jeunes ressemblent à T. g. evanescens, leur coloration évolue beaucoup avec l’age. La coloration de fond est généralement plus sombre notamment la tête, elle peut aller vers le vert olive ou le brun, les bandes s’atténuent être deviennent peu visibles, de même que les marques sur les pattes qui sont souvent brunes et non noires. Sa robe est parfois mouchetée, les motifs très désordonnés, un peu comme une peinture de type camouflage.
Selon Shea (200) on peut distinguer T. g. gigas de T. g. evanescens (à conditions qu’il ne s’agisse pas d’hybrides) en comptant les écailles allongées situées derrière les yeux (écailles temporales). Chez T. g. gigas on dénombre 3 ou 4 écailles alors que chez T. g. evaescens et T. g. keyensis on en dénombre 5. Ce critère n’est pas 100% infaillible mais est une bonne indication. Sur la photo ci-dessous, les écailles à compter sont en rose, ici, 5 écailles.
 

II : Répartition et biotope :

La répartition de T. gigas est morcelée. Les différentes sous-espèces ne sont pas en contact, séparée par la mer ou par des hautes montagnes qui traversent la Nouvelle-guinée d’est en ouest. T. gigas evanescens vit au sud-est au sud-ouest de la Nouvelle-Guinée, principalement en Papouasie-Nouvelle-Guinée et jusqu’à Merauke dans la province indonésienne de Papua (Irian Jaya). On la rencontre aussi sur quelques îles à l’est de la Papouasie. Tiliqua gigas keyensis ne vit que sur les îles Key et Aru, à l’ouest de la Nouvelle-Guinée, dans la maer d’Arafura. Tiliqua gigas gigas vit sur quelques zones littorales du nord de la Nouvelle-Guinée ainsi que sur la péninsule de Sorong et de Vogelkop à l’est. On rencontre aussi cette sous-espèce sur de nombreuses îles des Molluques : Seram, Halmahera, Biak, Seleo, Karkar, Ambon, Misool… On trouve de nombreuses variétés géographiques, le spécimens de certaines îles comme Seram ou Halmahera étant plus sombres. Certaines sources mentionnent sa présence sur les îles de Java ou Sumatra ce qui est faux.

T. gigas vit sous un climat tropical humide, les zones de la Nouvelle-Guinée extrêmement humide et couvertes de forêt très denses et vit plutôt dans les zones de plaine ou près du littoral où le climat est légèrement plus sec. On le rencontre aux abords des forêts tropicale,s dans les savanes humides ou arborées (notamment celles du sud de la Papouasie qui ressemblent beaucoup au bush du nord de l’Australie) ainsi que dans les zones cultivées, les palmeraies… Son mode de vie est très peu connu mais ce ne sont en aucun cas des lézards de milieu sec.


Ci-dessus : Specimen sauvage de T. g. gigas photographié à Misool (D. Tevlov). On observe que la langue n'est pas entièrement bleue, caractéristique de l'espèce gigas.

III : Elevage en captivité.

2 : Aménagement du terrarium :

Beaucoup d’éleveurs expérimentés conseillent de séparer les animaux et donc de les loger dans des terrariums individuels. Cependant, des expériences de vie harmonieuse en couple sont régulièrement signalées, notamment par Gassner (2000). Il semble que T. gigas soit plus sociable que T. scincoides mais en la matière les scinques à langue bleue restent très imprévisibles et il faut agir avec beaucoup de prudence et ne pas choisir la vie en couple pour des raisons de place en ne prévoyant aucune solution de replis (séparation des spécimens). Constituer un couple stable est difficile et précaire car même après des années de cohabitation sans heurs, l’un des deux peut décider sans raison de chasser l’autre. Par sécurité donc on les loge séparément.

La taille minimale au sol pour un spécimen est de 100x60 cm, si on veut tenter l’expérience de vie en couple il faut au moins un terrarium de 120 à 150 cm de long sur au moins 60 cm de large (au mieux 80-100 cm) avec de nombreuses cachettes et si possible deux points chauds séparés. La hauteur a peu d’importance car ils montent peu, 40 cm suffisent. Le sol est constitué d’une couche de 5-6 cm de substrat meuble type éclats de hêtre, éclats de coco ou copeaux dépoussiérés. Les SLB adorent creuser le substrat, il ne faut pas les en priver ! Vous pouvez aussi utilise des écorces pour reptiles, mais jamais ni tourbe ni sable ! Ce ne sont pas des lézards de milieux secs comme certains de leurs cousins australiens !

On placera une cachette peu haute mais vaste (J’utilise des bacs de litière pour chats percés sur un côté et renversés ou des demi-tubes de liège). Enfin, une grosse souche pour se frotter lors de la mue et des fausses plantes complèteront le décor. Le bac d’eau est nécessaire, il sera assez lourd pour ne pas être renversé. Pour ma part j’utilise des plats à gratin émaillés ou en verre.

3 : Chauffage et éclairage :

Un tube à 5% d’UVB est disposé dans le terrarium. Le chauffage aérien est recommandé, car avec des plaques ou câbles chauffants, les lézards ont tendance à rester tout le temps enfouis pour capter la chaleur du sol. Une ampoule de 40 à 60W fera l’affaire. Elle éclairera un point chaud où sera placé une pierre plate ou une plaque de liège où le lézard va se réchauffer. Seule la moitié du terrarium est chauffée. Au point chaud on atteindra 35 °C. Ailleurs, une température de 27-30°C suffit. La nuit on éteint les chauffages pour que la température chute jusqu’à 22°C. De grandes aérations sont nécessaires, celles des terrariums en verre standard sont souvent insuffisantes. Deux fois par semaine, surtout en période de mue, on pulvérise le terrarium, ce qui plait aux scinques mais permet également de maintenir un taux d’humidité autour de 60-70% (même si les scinques à langue bleue sont peu sensibles au taux d’humidité tant qu’il ne va pas dans les extrêmes). Cette pluie provoque parfois la quête de nourriture, grands prédateurs d’escargots dans la nature ils savent bien que ces gastéropodes sortent après la pluie !

4 : Alimentation :


Les goûts varient énormément d’un animal à l’autre, de même que l’appétit. Ils sont omnivores, 50 à 70% de leur alimentation peut se composer de végétaux, T. gigas semble souvent moins végétarien que T. scincoides, toutefois une part importante de végétaux reste nécessaire.

De manière générale, on nourrit T. gigas deux à trois fois par semaine. Comme tous les omnivores, ils ont tendance à se jeter sur les proies animales. Repus, ils laissent les végétaux de côté, c’est pour cela qu’il faut les rationner en proies. Ils s’adaptent facilement aux proies mortes ; grillons tués par congélation, souriceaux morts, criquets morts… Mais apprécient bien plus les proies vivantes ! Ils apprécient les aliments coupés très fins voire mixés.

Aliments carnés à proposer :
Escargots en boite ou vivants (briser la coquille pour les gros escargots et attention aux pesticides), souriceaux, criquets, vers de farine ou Z. morio, larves ou adultes de cétoines, grillons, blattes (très rapides, à « calmer » en les laissant au frigo), hannetons, vers à soie, « hornworms » et de temps en temps : Viande hachée, nourriture pour chats ou chiens, cœur de bœuf, foie de bœuf, œufs durs ou crus.

Végétaux « verts » à hacher et à mélanger aux repas :
Frisée, scarole, persil, endives, plantain, chicorée rouge, pissenlit, laiteron, fanes de carottes ou de navet, luzerne, galinsoga, trèfle, mâche (occasionnellement), feuilles de Sedum, Crassula ou Kalanchoe (à bien laver à cause des lustrant ou engrais foliaires qu’utilisent les horticulteurs),  granulés pour Pogona ou Iguane.

Fruits et légumes :
Fruits rouges, figues, kaki, papaye, kiwis, mangue, oranges, clémentines, carottes râpées. Occasionnellement germes de soja, choux vert râpé, pomme râpée, raisin... Les fruits sont à donner avec parcimonie (1/4 d'une ration max) car ils peuvent donner des diarrhées. On les mélange aux feuillages pour que les lézards acceptent ces derniers.

La variété est source de succès dans tous les cas. A chaque repas : 4 de ces ingrédients au moins seront proposés. Une fois par semaine on ajoute du carbonate de calcium ou de la poudre d’os de seiche. Les vitamines sont inutiles si l’alimentation est variée et les UVB présents.



Ci-dessus: Tiliqua gigas keyensis (Adrien Debry - www.adrizoo.be)

IV: Reproduction.

1: Distinction des sexes :


Le sexe des scincidés est difficile à déterminer car il n’y a aucun signe extérieur évident (pas de pores fémoraux par exemple). Chez les scinques à langue bleue c’est encore plus délicat car les critères morphologiques utilisés chez d’autres espèces comme la taille de la tête par rapport au corps, sont beaucoup moins efficaces hormis chez certains sujets âgés.

L'extériorisation des hémipénis est une bonne méthode, mais délicate et surtout opérationnelle chez les juvéniles (la forte musculature des adultes rend l’opération très difficile et moins fiable). Le sondage a tantôt montré une certaine efficacité (Brauer, 1980) tantôt son inefficacité (Hitz & Ziegler in Hitz & al. 2000).

Des techniques, qui ne peuvent être pratiquées que par un vétérinaire ou un laboratoire, se sont montrées efficaces comme l’endoscopie cloacale, les analyses sanguines (recherche d’hormones mâles ou femelles). La radiographie est en revanche inutile.

L’une des techniques les plus abordable et les plus fiable reste la mise en couple. A partir de sujets matures (18-24 mois) hébergés séparément on tente des mises en couple si possible à la période de reproduction. De manière systématique, immédiate et quelque soit la période, deux mâles mis ensemble se battront férocement, il faudra les séparer de suite car ils s’infligent de cruelles blessures (n’oubliez pas vos gants car la fureur leur fait perdre tout discernement !). Deux femelles peuvent s'ignorer, se poursuivre, s’intimider voire se battre mais de manière moins violente. Un couple peut s'accoupler, et même si cela clos définitivement la question de l’identification du sexe, ce n’est pas systématique et en cas d’ignorance de la part des deux spécimens il faut retenter l'expérience avec une seule certitude : ce ne sont pas deux mâles. Évidemment, si l’un des deux met bas trois mois plus tard, vous connaissez la réponse !

2: Préparation à la reproduction :


Il s’agit d’une espèce tropicale qu ne doit pas hiberner, toutefois, une période de légère baisse de température et de lumi,nosité semble bénéfique même si certains éleveurs ont obtenu des reproduction simplement en mettant les deux partenaires ensemble. Gassner préconise une période de repos à « température ambiante (20-22°C) et sans éclairage. Les lézards ne mangent alors pas. D’autres ont eu du succès avec une baisse à 245°C (28°C au point chaud) et seulement 6 heures d’éclairage sur un mois. Au retour des conditions normales, il faut abondamment nourrir les animaux avant de les mettre ensemble.

3: Reproduction.


Les mâles scinques à langue bleue ne sont pas de grands romantiques et quand il s’agit de s’accoupler, ils font plutôt dans la brutalité. La femelle porte souvent les marques de morsure au niveau de la nuque ou du dos. Il faut toujours surveiller du coin de l'œil les mises en couple – non pas pour se le rincer – mais pour éviter les bagarres. Une femelle non réceptive aux avances du mâle et exaspérée par son insistance peut se montrer très agressive et s’attaquer très violemment à lui… Certains mâles se sont retrouvés un bout de queue ou de patte en moins ! Griffith conseille de placer la femelle chez le mâle, mais j'ai personnellement obtenu des résultats positifs quelque soit l'ordre d'introduction.

Les scinques du genre Tiliqua sont vivipares. Il y a échanges – bien que limités – entre le corps maternel et les embryons. La gestation dure 3 à 4 mois. La femelle gravide, dans les premiers temps et avant que cela ne se voit, est très active : son appétit grandit et elle s’expose beaucoup au soleil (c’est le moment idéal pour changer les tubes UV). Puis l’embonpoint vient et dans les derniers temps, elle se montre peu active, alourdie par les 5 à 15 jeunes qui sont dans son ventre.

Immédiatement après la parturition, les jeunes, aidés par la femelle, dévorent leur sac vitellin, ce sera leur premier repas pendant plusieurs jours. Ils sont très maigres à la naissance et une fois ce repas ingéré, ils deviennent vite bien dodus! Les relations entre la mère et ses nouveaux-nés sont très pacifiques, néanmoins, ils sont plus tendus entre eux notamment en ce qui concerne la concurrence alimentaire, il vaut donc mieux les maintenir séparément.

Les jeunes sont principalement insectivores, mais il faut les habituer très vite aux végétaux. Je les nourris tous les jours, en alternant petits insectes (grillons, vers de farine, criquets, escargots coupés en morceaux) et végétaux mélangés à des fruits. Ils sont sensibles au manque de calcium et de vitamine D3, les UV sont donc importants.

Trois spécimens exposés en bourse aux reptiles:



T. g. evanescens (Karine Delaby):





Bibliographie :
  • Hitz, Hauschild, Henle, Shea & Werning 2000. Blue-tongued skinks; Constributions to Tiliqua and Cyclodomorphus. MSP Verlag.
  • Shea G. 1992. The Systematics and Reproduction of Bluetongue Lizards of the Genus Tiliqua (Squamata: Scincidae). PhD Thesis. Univeristy of Sydney.
  • Walls J. G. 1996, Blue-tongued skinks. TFH publications.
  • Wilson J. 2001. Blue tongue beauties. Reptiles magazine 9(11)
  • http://www.bluetongueskinks.net
  • http://seikereptiles.com
Ce document est libre de droits si diffusé en l'état.

Pour en savoir plus :
« Les scinques à langue bleue : Tiliqua scincoides, T. gigas et T. sp. Irian Jaya. Vie dans la nature et élevage en captivité »
Livre électronique de Vincent NOËL (48 pages format A4), vendu (5€) sur www.lulu.com (mot clé : tiliqua) ou sur http://tiliqua.wifeo.com
 
 



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