Podarcis muralis (Laurenti, 1768)
Le lézard des murailles.

Texte et photos : Vincent NOËL - http://tiliqua.wifeo.com
Modifié le 28/12/2014

Ce petit Lacertidé est sans doute le plus répandu en France, un des plus souvent observé et des plus faciles à approcher. On peut le voir bronzer sur le sommet d’un muret ou gambader à la verticale sur un vieux mur, ne craignant pas du tout la proximité des humains. Il se sent bien partout à condition qu’il y ait du soleil et de la pierre sous toutes ses formes, même si un tas de bois ou une souche au bord d’un chemin lui conviendra aussi. Le Lézard des murailles est un saurien de petite taille, mesurant entre 5 et 7 cm de longueur museau-cloaque et jusque 18-19 cm si on compte la queue et si elle est entière. Il a un corps svelte, assez aplati, des pattes bien développées, une tête assez large.

La coloration générale de ce lézard est faite de nuances de brun, de noir et de gris et malgré que ce soient des couleurs peu attrayantes, sa livrée n'en est pas moins complexe. Il y a une différence entre mâles et femelles ainsi que des différences entre individus, indépendamment de la sous-espèce ou du sexe. Chez les femelles la coloration de fond est brun clair, celle des flancs est brun foncé à très foncé formant uen large bande "pleine" sur les flancs. Une ligne sombre fine, de forme généralement irrégulière, est souvent présente le long de la colonne vertébrale. Les mâles montrent des taches sombres allongées et déformées (réticulations) sur les flancs et le dos même si chez certains spécimens celles du dos sont plus discrètes voire absentes. La coloration de fond peut devenir verdâtre. On peut observer chez certains mâles des tâches bleues en bas des flancs, derrière les pattes antérieures. Les mâles sont plus grands et possèdent une tête plus grosse.

La gorge et les écailles labiales sont marquées de taches noires. La coloration de la gorge et du ventre sont généralement blanc à jaune mais peuvent devenir orange vif chez les mâles. Comme souvent au sein du genre Podarcis, il y a une forte variabilité entre spécimens dans la coloration et les motifs. Les différences ne sont pas forcément caractéristiques d'une même population, le polymorphisme peut s'observer au sein de spécimens vivant dans une même secteur. Cette variabilité peut aussi être saisonnière.


Il existe des spécimens mélaniques, entièrement noirs, qui sont assez rares. On les observe plutôt en altitude, le mélanisme est un avantage en ces milieux parfois frais mais ensolleillés, la coloration sombre permettant de mieux capter les infra-rouges du soleil et de se réchauffer rapidement.

D’autres espèces comme le Lézard catalan (Podarcis liolepis) ou encore le Lézard vivipare (Zootoca vivipara), sont physiquement très semblables. Il arrive souvent que le Lézards des murailles soit confondu avec eux. Il y a néanmoins des moyens pour les distinguer, même si – en particulier pour P. liolepis - il faut avoir un œil averti. Chez P. muralis, on observe une marque noire au-dessus de la patte antérieure, un caractère qui permet par exemple de le distinguer de P. liolepis. Autre caractère distinctif entre ces deux espèces, mais plus délicat à observer : chez P. muralis l’écaille rostrale touche la frontonasale, alors qu’elles ne sont pas en contact chez P. liolepis. Toutefois, les risques de confusion ne concernent que les provençaux et les basques, car P. liolepis est absent du reste du territoire.



Photos ci-dessous: Mâle pris au "Saut du Prince" près du jardin botanique de Saverne.







Couple de lézard des murailles: le mâle est en pleine parade. Il est au-dessus, la femelle en bas, on note la différence de couleur et de morphologie.



Un lézard très répandu.

Le Lézard des murailles est commun sur quasiment l’ensemble du territoire métropolitain, il est néanmoins plus rare dans le nord, en Picardie, en Normandie ainsi qu’en Champagne et dans les Ardennes. On note aussi une discontinuité dans le sud de la France, dans les Corbières et les plaines du Roussillon. En Belgique, il est également peu courant voire rare en Flandres. En Allemagne il est essentiellement présent à l’extrême ouest, dans le bassin du Rhin supérieur et moyen. En France, il est présent jusqu’à 2500 m dans les Pyrénées et presque autant dans les Alpes, et 1565 m dans le Massif Centrale. Dans les Vosges il est quasiment présent partout.

Son aire de répartition globale comprend la France, l’extrême nord de l’Espagne (Pyrénéennes, cantabriques ainsi que quelques îlots plus au centre du pays), une grande partie de l’Italie à l’exception du « talon de la botte » et de la Sicile, la Suisse, le centre et le sud de l’Autriche, les Balkans, une partie de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Roumanie, la Bulgarie et jusqu’au nord-ouest de la Turquie. Il est absent de Corse et de Sardaigne. Cette espèce est la plus répandue et la plus nordique des Podarcis, les autres espèces étant méditerranéennes. Elle a été introduite en Angleterre ainsi qu’aux Etats-Unis et au sud-ouest du Canada.

Cette espèce recherche les habitats ouverts et ensoleillés, là où son cousin Zootoca vivipara préfèrera les habitats plus humides. P. muralis est également bon grimpeur, affectionnant les milieux rocheux tels les éboulis, les rochers naturels, les vieux murs, les talus, les bords des chemins, les voies de chemin de fer, même les décharges publiques (notamment les décharges de gravas). Vacher & Geniez (2010) notent que là où P. muralis cohabite avec P. liolepis, il y a un partage de l’habitat : P. liolepis occupe les parties supérieures des zones rocheuses, alors que P. muralis se retrouve plutôt dans la partie inférieure, près du sol.


Photos: Sur un banc en train de prendre le soleil.



Jeune mâle


En bas: Femelle : malgré que la queue semble entière on voit très bien où aelle a été sectionnée par le passé car elle est dépourvue de motifs.



Attitude typique d'un sujet en thermorégulation sur une souche au bord d'un chemin (Niederbronn). On voit que celui-ci a perdu deux fois sa queue !



Femelle sur une pierre en grès des Vosges.

Un habitat très apprécié: un vieux mur en pierres exposé plein sud.


Mâle à la coloration très constastée, fond vert et tâches sombre, photographié en bord de mer (Finistère)


Spécimen photographié près des boutiques de la Pointe du Raz (Finistère)



Ce lézard sait tirer parti des aménagements humains, ils lui offrent abris, espaces dégagés et donc accès au soleil. Toutefois, même si l’espèce est abondante et peu menacée, les activités humaines peuvent aussi lui nuire, notamment notre tendance à tout « lisser », à boucher le moindre trou dans les murs, à  vouloir des jardins parfaits, à tout nettoyer et ranger. Il est pourtant facile de préserver l’habitat de ce lézard qui, en bon insectivore, participe au même titre que les araignées, à la limitation des insectes. Lors de l’érection ou la restauration d’un mur en pierres, on évitera de maçonner tous les joints. On laissera, notamment à sa base des espaces ainsi que la végétation (petits buissons ras, herbe haute…). Les herbicides sont évidemment à proscrire ! Un vieux tas de pierres à l’abandon, exposé plein sud au fond du jardin sera également très apprécié, et pas que du lézard des murailles. Bien évidemment, si vous soulevez une pierre posée au sol et découvrez de minuscules œufs blancs, laissez-les ! C’est une espèce protégée, la destruction des adultes et des œufs est interdite.

Enfin, si un lézard se perd dans votre maison, capturez-le en prenant garde de en pas le tenir par la queue (le mieux est de le faire aller dans un récipient) et relâchez-le immédiatement un peu plus loin… ne le gardez surtout pas ! Non seulement la capture est interdite mais de plus, vous compromettez ses chances de survie en le gardant même quelques jours.

Une vie bien réglée…

Le Lézard des murailles passe beaucoup de temps à s’exposer au soleil. Il interrompt parfois brièvement sa thermorégulation pour gober un insecte à proximité, plus revient s’étaler de tout son long sur une pierre ou une souche. On peut s’approcher relativement près de lui, en comparaison avec d’autres lézards plus farouches ; mais il reste sur ses gardes et vous observe d’un œil. A partir d’une certaine distance, il s’éloigne légèrement ou rentre directement dans un abri proche. Il ressort en général peu de temps après que le danger soit passé (ou si vous restez bien immobile) et retourne au même endroit pour reprendre sa sieste. Il peut s’approcher très près d’un humain qui ne bouge pas, des scènes de lézard des murailles grimpant sur quelqu’un pendant sa sieste ont déjà été signalées, il leur arrive aussi de pénétrer dans les maisons, les vérandas…

Pendant la période de reproduction, au printemps, les mâles sont très actifs et bagarreurs. On peut facilement observer leur comportement territorial, juchés sur un promontoire, observant les alentours et intimidant les voisins. Les populations sont parfois très denses surtout si le milieu favorable est restreint géographiquement et entouré de milieux moins favorables. Les mâles sont généralement moins nombreux que les femelles et les juvéniles du fait de leur territorialité.

Comme toutes les espèces de nos régions, le lézard des murailles est inactif en hiver. Dans le nord de son aire de répartition il entre en hibernation entre octobre et novembre pour en sortir en mars-avril, dans le sud il peut être actif plus tôt. D’ailleurs, en particulier dans le sud de sa répartition, si le soleil est au rendez-vous, on peut l’observer ponctuellement s’ensoleiller durant l’hiver et même retrouver une certaine activité si la douceur dure plusieurs jours. Dans le nord, ce comportement s’observe plutôt à la fin de l’hiver mais si l'hiver se montre anormalement doux et ensoleillé (comme en 2013 et 2014), on peut les observer même en décembre. Les juvéniles et les femelles redeviennent généralement actives plus précocement que les mâles.

C’est une espèce ovipare, la femelle dépose en général ses œufs sous des pierres, des morceaux de bois à terre, parois dans le sol s’il est assez meuble. Le nombre de ponte va de 1 à 2 dans le nord de sa répartition et jusque 3 dans le sud. Le nombre d’œufs par pontes est restreint : moins de 10 en général. L’incubation dure 6 à 11 semaines.


Photos: Femelle sans doute gravide vu l'embonpoint.



Jeune mâle la queue sectionnée. Les spécimens à la queue coupée sont très fréquents, la queue repousserra mais lla coloration sera différente.



Ses prédateurs sont nombreux : rapaces, corbeaux, pies, chats domestiques, mustélidés… C’est aussi une des proies favorites des Coronelles lisses et girondines (Coronella spp.), deux espèces de petites couleuvres très communes dans toute la France mais fort discrètes. On sait en général que là où il y a des lézards des murailles en nombre, il y a des Coronelles, et inversement. J’ai d’ailleurs déjà observé des Coronelles s’ensoleiller à quelques dizaines de centimètres de lézard des murailles insouciants. Toutefois, repues ou n’ayant pas encore atteint une température corporelle suffisante, les serpents ne les chassaient pas.

Podarcis muralis (LAURENTI, 1768) est une espèce complexe, la division en sous-espèce a longtemps fait débat et est encore discuté de nos jours. Selon Vacher & Geniez (2010) ainsi que Uetz (reptile database), 11 sous-espèces sont distinguées. Ci-dessous les espèces listées par Vacher & Geniez (2010) suivies d’un dièse, celles listées par Uetz (consulté le 4 janvier 2014) suivis d’un astérisque.

Podarcis muralis albanica (BOLKAY 1919) #
Podarcis muralis beccarii (LANZA 1958) #
Podarcis muralis breviceps (BOULENGER 1905)*#
Podarcis muralis brongniardii (DAUDIN 1802)*#
Podarcis muralis colosii (TADDEI 1949)#
Podarcis muralis maculiventris (WERNER 1891)*#
Podarcis muralis marcuccii (LANZA 1956) #
Podarcis muralis merremius * (RISSO, 1826)
Podarcis muralis muralis (LAURENTI 1768) #*
Podarcis muralis nigriventris BONAPARTE 1838 #*
Podarcis muralis sammichelii LANZA 1976 #
 
En France, 2 taxas sont présents : P. muralis merremius dans l’est de la France et P. m. brongnardii dans l’ouest, le centre et le nord de la France. Toutefois, Uetz précise que la sous-espèce merremius est invalide aujourd’hui, mise en synonyme de bongnardii.
 
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Sources :
Lescure J. & De Massary C. 2013. Atlas des Amphibiens et des Reptiles de France. Editions Biotopes.
Vacher J-P & Geniez M. 2010. Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Editions Biotopes.
Vacher J-P & Thiriez J. 2010. Atlas de répartition des amphibiens et Reptiles d'Alsace. BUFO.
 
Uetz - http://reptile-database.reptarium.cz/


 
 
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