A quoi ressemblent les scinques ?

Morphologie, coloration des scincidés

 
Vincent Noël
http://tiliqua.wifeo.com Mai 2016. ISSN 2118-5492
 
Lerista peninsula (Matt Clancy – Wikimedia commons).
 
Les scincidés sont classiquement de petits lézards, mesurant en général entre 15 et 25 cm queue comprise. La taille de celle-ci est très variable. Elle est très courte comme chez Egernia stockesii où elle plus courte que la longueur du corps (LMC pour longueur museau-cloaque), mais dans la plupart des cas, la queue est deux à trois fois plus longue que la LMC. Il y a généralement une corrélation entre  la corpulence et la longueur de la queue. En effet, les espèces au corps fin et élancé ont une queue plus longue et les espèces au corps trapu, une queue plus courte.

Les plus petites espèces sont celles du genre australien Menetia, dont la longueur museau cloaque atteint seulement 2 à 3,8 cm, ce sont parmi les plus petits lézards au monde avec les caméléons nains de Madagascar (Brookesia spp.) et certains geckos. Les plus grands sont les espèces des genres Corucia et Tiliqua ainsi que certains Bellatorias comme B. major dont la longueur museau cloaque peut dépasser 30 cm. Corucia zebrata est le plus grand, il peut mesurer 80 cm queue comprise. Chez les Tiliqua, les plus grands mesurent 60 cm de longueur totale (T. gigas, T. scincoides intermedia).
 
Corucia zebrata, Le sinque géant des îles Salomon est le plus grand scincidé connu.

L’archétype du scinque est un lézard au corps lisse, uniforme, fin, cylindrique, plus ou moins allongé, sans appendices de type crêtes, cornes ou fanons. Le corps est couvert d’écailles imbriquées ressemblant fortement à celles des serpents.  Leur peau a donc une apparence luisante, et quand on manipule un scinque, il s’échappe facilement, vous glissant entre les doigts. De petites plaques osseuses indépendantes, les ostéodermes, sont inclues dans chaque écaille.

La forme cylindrique de leur corps, l’écaillure lisse faite d’écailles imbriquées, leurs courtes pattes et l’utilisation de la reptation avantage de nombreux scinques pour s’enterrer dans la litière végétale, le sable ou le sol meuble. De nombreuses espèces alternent un mode de vie fouisseur, chassant et se dissimulant dans l’humus ou le sable, et un mode de vie à la surface ou sur les rochers, souches… Mais certaines sont adaptées morphologiquement à un mode de vie fouisseur presque permanent, sortant peu du sol.  

La tête des scincidés est couverte de grandes écailles qui montent des formes et une répartition spécifique à l’espèce ou à la sous-espèce même s’il y a des variantes individuelles et des malformations. La « cartographie » des écailles céphaliques est donc un moyen de détermination. Par exemple, chez Tiliqua gigas, la sous-espèce gigas possède au maximum 3 écailles temporales (incluant la dernière supralabiale) alors que la sous-espèce evanescens en possède 4 ou 5.

Le crâne des scincidés est souvent assez robuste et leur mâchoire puissante, permettant à certaines espèces de s’attaquer à des insectes ou invertébrés que d’autres lézards ne peuvent pas croquer. Un Tiliqua scincoides, de même taille que l’agame Pogona vitticeps, peut facilement broyer la cuticule d’un gros coléoptère comme une cétoine, ce que son cousin agamidé aura bien du mal à faire. Chez le scinque mangeur d’escargot, Cyclodomorphus gerrardii, cela permet de supporter la pression exercée par la résistance des coquilles des gastéropodes dont ce lézard australien se nourrit principalement et qu’il peut broyer comme on croque une cacahuète. Il est également aidé par des dents plus larges qui, comme nos molaires, servent à broyer. De manière générale, les dents des scincidés sont très proches les unes des autres et assez courtes, faites pour écraser.

A noter également que les membres de la famille des scincidés se caractérisent par la présence d’un palais secondaire ossifié qui sépare le conduit respiratoire (trachée) de l’œsophage alors que chez les autres lézards ces deux passages se rejoignent. Leur palais est également peu vascularisé et les scinques n’hyperventilent pas quand ils sont en hyperthermie. Chez les autres lézards, les vaisseaux sanguins qui tapissent l’intérieur de la gueule favorisent les échanges avec l’air leur permettant de faire baisser leur température en accroissant le flux d’air par une hyperventilation.

Si la plupart des scincidés possèdent des paupières mobiles, chez un certain nombre d’espèces comme Ablepharus spp., les paupières sont fixes à l’instar de certains geckos. La pupille est ronde, même pour les rares espèces nocturnes comme Liopholis inornata ou Eremiascincus spp. Chez certaines espèces fouisseuses, généralement aussi apodes, les yeux sont très petits et couverts par une écaille à travers de laquelle on aperçoit l’œil sous la forme d’un petit point noir. Dans ce dernier cas, leur vue est très mauvaise voire quasi nulle, alors que la plupart des scinques ont une bonne vue.

Ablepharus kitaibelli
(Micrea Nita – Wikimedia commons)

La morphologie est certes uniforme mais on note tout de même des variables importantes. Nous avons des espèces au corps assez trapu, parfois légèrement aplati, l’espace entre les pattes antérieures et postérieures est assez court. Les membres sont souvent bien développés, la queue est parfois courte. La tête est relativement grande parfois plus large à sa base que le cou. Les scinques du genre Trachylepis ou Scincus en sont un bon exemple. Ce sont généralement de bons « coureurs », vifs et rapides mais qui peuvent utiliser la reptation pour se déplacer ou s’enterrer, ondulant leur corps en s’aidant plus ou moins de leurs pattes.

Le poisson des sables et une des espèces les plus adaptées au mode de vie sabulicole, à savoir qui vit sur un terrain sablonneux. On le trouve en effet dans les dunes des déserts comme celles du Sahara. C’est un petit lézard de 15-20 cm au corps assez trapu et à la queue courte. Le sable lui sert de refuge en cas d’approche d’un prédateur, pour se protéger du soleil brulant mais aussi pour chasser. Il peut s’y enfouir profondément et y rester des heures, capable de ressentir jusqu’à une distance de 15 cm les vibrations que les insectes dont il se nourrit provoquent à la surface du sable, capable même s’évaluer la vitesse de déplacement de sa future victime. Restant dans le sable, il en surgit pour les attraper. Scincus scincus utilise ses pattes pour entamer son plongeon dans le sable, tête la première, puis poursuit sa « nage » par des ondulations du corps pour s’enfouir à la vitesse de l’éclair. Ses doigts sont élargis et font offices de petites rames afin de marcher sur le sable et être à l’aise autant en surface que dessous. Son museau aplati est en forme de bec de canard facilitant aussi la pénétration dans le sol. Cette capacité d’enfouissement a été étudiée en laboratoire avec des caméras à haute vitesse et aux rayons X. Ce petit lézard a inspiré la robotique, des ingénieurs cherchant à mettre au point des « scinques robot » qui pourraient fouiller un substrat meuble afin de, par exemple, rechercher des mines ou des victimes de catastrophes naturelles (avalanches, tremblements de terre…).

Quelques vidéos illustrant la "nage" du poisson des sables: https://www.youtube.com/watch?v=P4bxRj-BjFg
https://www.youtube.com/watch?v=WqsmKxCY6ws
     
 
A gauche : Scincus scincus enfoui, seule la tête dépasse (HTO – Wikimedia commons), à droite, le poisson des sable en train de commencer son « plongeon » (FinnHK – Wikimedia commons)

Rares sont les espèces arboricoles. Ces espèces ont généralement des pattes bien développées munies de longs doigts et un tronc court mais une queue longue, parfois préhensile. Le corps longiligne des espèces à membres réduits ou apodes n’est pas assez souple, ni pourvu de muscles permettant de grimper dans les branches comme le font les serpents. Parmi ces espèces arboricoles citons les espèces du genre Lamprolepis qui se déplacent très rapidement dans la végétation. Le grand Corucia zebrata, avec sa carrure imposante se déplace lentement dans les arbres, mais il est aidé par une queue préhensile et de puissantes pattes.

Certaines espèces terrestres sont véritablement « mastocs », loin de l’image svelte du scinque. Le tronc est court, la queue souvent aussi, les pattes et les doigts sont courts mais robustes et adaptés à la marche, la tête est large, bien distincte du cou, le corps est parfois plus aplati. Les scinques du genre Tiliqua en sont le meilleur exemple. Tiliqua rugosa, notamment, possède une petite queue arrondie et tronquée, une tête très large et triangulaire et des pattes pourvues de doigts courts. Cette espèce est strictement terrestre, elle ne grimpe jamais et s’enfouit rarement préférant se cacher dans un terrier. Egernia depressa ou E. stockesii sont également des scinques au corps trapu, mais ils sont davantage arboricoles ou saxicoles et donc excellents grimpeurs.

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